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retour vers la page Print francophone N°2

Sélection de textes par jazz et ttx. Le texte "L'autonomie des fourmis" a été raccourci (un peu) par ttx avec l'accord de jazz.

Print N°2

[Arrêté Carapils] Dégagez les pauvres

Par kiki, 22 juillet 2007

Le 25 juin 2007 le conseil communal de Liège a voté un "arrêté carapils" visant à interdire de boire sur la voie publique à Liège.

Il y avait deux projets dans cet arrêté (ou peut-être que la réglementation sur les night-shops fait partie d'un autre arrêté voté au même moment):

1. Une réglementation du nombre de night-shops à Liège. Le but est de mettre en place des horaires stricts d'ouverture. Il est aussi d'interdire l'ouverture de nouvelles enseignes à moins de 150 ou 200m d'un night-shop existant. Enfin un autre but avoué est de réduire le nombre de night-shops, il y en a aujourd'hui plus de 100 et les autorités voudraient arriver à ce qu'il n'en reste qu'une trentaine.

2. Parallèlement à ça, la mesure la plus scandaleuse de cet arrêté consiste à criminaliser le fait de boire sur la voie publique, d'où le nom "carapils" donné à l'arrêté.

Un des rares articles sur le net critiquant cet arrêté est l'intervention de Barbara Heindrichs expliquant pourquoi les élus ecolo ont voté contre cet arrêté. Vous pouvez le lire ici en-dessous. Si les remarques de cet article sont justifiées, certaines me semblent limitéés:

-- Lorsque les élus ecolo disent "même si ce n’est pas formulé comme ça, l’intention est de lutter non pas contre l’ivresse en rue de toute personne en état d’ébriété mais uniquement de certaines catégories comme les SDF, les toxicomanes. On en veut pour preuve que c’est sur base de plaintes à l’égard de ces populations que le règlement est pris d’une part, et parce que le policier aura toute latitude pour déterminer l’état d’ébriété."

Cette intention d'expulser les clodos, et les pauvres en général, est bien plus explicite que ça: lors du vote de l'arrêté, les autorités communales ont tenus à rassurer immédiatement les tenanciers de café en expliquant que les terrasses n'étaient pas visées, et elles ont aussi rassurés les organisations de beuverie étudiantes en leur disant que les guindailles bénéficieraient de dérogations.

Bref, si vous avez le fric pour vous mettre une murge à la terrasse d'un café et qu'après vous devez ramper jusqu'à chez vous/votre voiture, pas de problème.. De même, les étudiants passent 2 mois par an à faire leurs baptêmes et organisent quelques guindailles d'envergure qui font bien plus de dégâts (gerbes, déchets, vandalisme gratuit sous l'effet de l'alcool,...) que l'action de tous les clodos sur l'année. Mais faut pas déconner, vu que les parents ont de quoi payer le minerval de près de 800 euros et que ces chères petites têtes blondes seront les travailleurs qui feront tourner la machine socio-économique, on va pas les faire chier. Et puis des étudiants qui gerbent dans des parterres fleuris c'est joli, "ha tu te souviens Martine quand on avait 20 ans?", tandis que des clodos ou des jeunes piercés qui boivent une bière, beurk c'est sale et ça montre qu'il y a des laisssés-pour-comptes et des rezufniks dans notre merveilleux monde globalisé-marchandisé.. Et en plus je parie qu'ils pourraient être dangereux..

-- La deuxième remarque porte sur le fait que les élus ecolo argumentent uniquement en se basant sur les "alcooliques dans la détresse sociale". Or les gens qui boivent dans la rue ne se limitent pas à cette catégorie (un peu misérabiliste) de marginalité "extrême". Les bières de 25cl sont à au moins 1,60 euros dans la plupart des cafés, et nombreux sont les étudiants, travailleurs précaires et chômeurs qui apprécient de boire de temps en temps une bière en rue, parce que c'est effectivement moins cher, mais aussi parce que c'est agréable de pouvoir boire un verre tranquille dans sa ville avec des potes et les éventuels passants.. Mais non maintenant c'est fini, pour peu qu'un flic mal luné passe par là et ça se finira au poste.. Merci Willy! (et bravo à tous les tocards qui ont voté PS aux dernières élections..).

++++++++++++++

(cette partie fait la propagande d'écolo, elle n'a pas à se trouver dans le print francophone -mil)

Pourquoi le groupe ecolo votera contre ce projet de règlement « Carapils »

C’est la règle des 4 « i » : injuste inefficace incongru incorrect

Injuste parce que : même si ce n’est pas formulé comme ça, l’intention est de lutter non pas contre l’ivresse en rue de toute personne en état d’ébriété mais uniquement de certaines catégories comme les SDF, les toxicomanes. On en veut pour preuve que c’est sur base de plaintes à l’égard de ces populations que le règlement est pris d’une part, et parce que le policier aura toute latitude pour déterminer l’état d’ébriété.

Inefficace parce que : Ce comportement est dû à la détresse sociale que certains vivent. Liège possède 25 % de chômage, des milliers de personnes en dessous du seuil de pauvreté. Il n’ya pas de lien mécanique entre la somme des problèmes dans lesquels certains de nos concitoyens vivent mais on en peut nier que boire permet d’oublier, de supporter… Dès lors, ce n’est pas en cachant, en dispersant, en réglementant des symptômes que l’on va guérir du problème. Par ailleurs des travailleurs sociaux, conseille à ces personnes, même quand elles ont un studio quelque part, de picoler plutôt en rue. Dans le cas contraire, le risque de perdre son studio pour trouble de voisinage est multiplié par dix.

Des législations existent (ivresse sur la voir publique, trouble de l’ordre public etc.), en quoi ne suffisent –elles pas pour pouvoir intervenir en cas de problème ?

Incongru parce que : Il existe des tas d’occasions de boire sur la rue, comment déterminer ce qui est répréhensible de ce qui ne l’est pas ? Si ce n’est pas une vision régressive et répressive de la société ? par ailleurs, comment peut-on dans le même conseil, mettre au point des protocoles médicaux qui permettent de prendre en charge des toxicomanes d’une manière alternative et d’autre part adopter une attitude répressive pour un autre symptôme ?

Incorrect face à la fonction de policier : Plus de bleu dans les rues pour accompagner, orienter, dissuader, pas pour en revenir à une version autoritaire et répressive.

Les problèmes individuels de ces personnes et les enjeux collectifs que cela pose sont complexes et demandent des mesures variées, nuancées pas des mesures simplificatrices, stigmatisantes et répressives pour tenter de montrer qu’on prend les choses en main.

[Antipub] Notre vi(ll)e n'est pas à vendre

par Tchoum, 20 mai 2007

Il y a quelques semaines, lors de la rénovation d'un immeuble du quai Van Beneden, une immense publicité, d'approximativement 50m sur 10, avait été installée sur l'échafaudage couvrant la façade...

En passant sur la passerelle vendredi matin, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le mastodonte éventré et, au milieu du trou, une banderole sur laquelle était écrit "Notre vi(ll)e n'est pas à vendre". Je n'avais hélas pas mon appareil photo et quand je suis repassé avec, la banderole avait été enlevée et il ne restait que le trou béant... (Lundi, tous les morceaux de la pub ont été enlevé et remplacés par du film de protection blanc).

PHOTO PROPOSEE (on laisse aux metteurs en page le choix, en fonction de la place libre ou à remplir, de ce qu'ils en pensent, etc):

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Chronique d'une semaine à Louvain

par Skwattus Dei, 25 juin 2007

Chronique d’une semaine agitée à Louvain ; de l’expulsion à la manifestation

Le matin du lundi 19 juin, à 9 heures les flics ont investi le squat de la Schapenstraat (Squattus Dei). Ils étaient porteurs d’un mandat d’expulsion immédiate. Ainsi la procédure habituelle (c’est à dire un délai de 24 heures pour évacuer le bâtiment avant l’expulsion) n’était donc pas d’application, et personne n’était prévenu. Personne n’était sur place de l’expulsion, il n’y a donc pas eu d’arrestations lors de celle-ci.

Vu que la police a été assez maligne pour prévoir l’expulsion un lundi en pleine période d’examens (elle était possible depuis février), la manifestation annoncée pour le soir même du jour de l’expulsion a été postposée au vendredi soir. Chose qui arrangeait assez mal la commune qui a dû ajourner la remise de la médaille de mérite aux membres de l’asbl Maktrock, tout comme le déploiement des stands pour l’événement de shopping ‘De Langste Dag’, qui n’a pu commencer que le samedi matin («sinon les squatteurs pourraient les utiliser comme projectiles »). Pour finir on a également obligé les cafés sur le Grote Markt de ne pas ouvrir leurs terrasses le vendredi soir.

Les médias saisissent quelques évènements nocturnes pour faire monter la tension dans les jours précédant la manifestation. La nuit du lundi des containers et des poubelles sont enflammés, les flics trouvent également une bombe de couleur rouge « utilisée pour peindre des slogans et des symboles anarchistes sur des murs et des containers ». La nuit suivante c’est deux voitures qui brûlent. Il s’agit du Porsche 911 d’un avocat de Louvain et de l’Audi A4 d’un manager allemand. Une Mercedes qui était stationnée près du Porsche est également endommagée. Les flics lient ces évènements à ceux de la nuit précédente. La nuit de mercredi, le feu est mis aux joints (?) d’une grue d’un chantier dans la Diestestraat. Flics et médias sont d’accord qu’il est « très probable » que ces actions sont des faits du « mouvement squat ». Les flics utilisent des civils (déguisés en étudiants à vélo) pendant ces nuits pour arrêter et fouiller les personnes avec un look ‘alternatif’.

La stratégie de dissuasion continue le jour de la manifestation. Dans le cours de la journée différentes personnes sont fouillées sur base de leur apparence. Cela n’empêche pas que pendant la journée différents croisements sont bloqués par des rassemblements spontanés (des tracts sur le Squattus Dei et la manifestation sont distribués) Dans l’après-midi des banderoles sont accrochées aux ponts sur le ring de Louvain. Entretemps des fourgons de police quadrillent la ville et un hélicoptère survole la ville. Vers 18h le Grote Markt est évacué et vérouillé avec des chevaux de frise et des flics anti-émeute. Des dizaines de personnes sont arrêtées autour de la gare sans raison aucune sauf, encore, leur apparence. Des gens commencent à se grouper sur la Fochplein (à côté du Grote Markt), un bus plein d’arrêtés fait le tour de la place.

Peu après 20 heures la manifestation démarre avec quelques 400 participants (la plupart des gens s’y joignent dans les premières rues où elle passe). À travers la Tiensestraat, la Houverplein et la Ladeuzeplein la manifestation se rend dans la Leopold I-straat, où se trouve une résidence étudiante (Steenberg) de l’Opus Dei. Le bâtiment est bombardé avec des bombes de peinture (et pas avec des pierres comme le prétendent flics et médias). Ensuite la manifestation emprunte la Bondgenotenlaan pour se diriger vers le centre, là des fourgons de flics anti-émeutes arrivent à toute vitesse pour barrer la route. Les manifestants prennent ensuite la Diestestraat et la Vital Decosterstraat vers la Rijschoolstraat où les flics barrent la route vers le palis de justice. La manifestation tente de franchir le barrage, mais la tentative échoue, sur quoi les manifestants continuent de suivre la Vital Decosterstraat. Sur le Vismarkt il y a une nouvelle tentative de rejoindre le centre par la Mechelsestraat, mais là aussi les flics sont plus rapides. Les flics anti-émeutes utilisent leurs matraques et du gaz lacrymogène pour repousser les manifestants qui essayent de forcer le passage (les médias parlent d’une « pluie de pierres » à ce moment, ce qui est un grand honneur pour les quelques pierres qui ont volé). Quand la manifestation bouge vers la Brouwersstraat elle risque d’être coupée en deux, mais les flics ne sont pas assez nombreux sur place pour former une ligne solide. Ensuite ça continue dans la Fonteinstraat qui est verrouillée devant et derrière par les flics. PAr quelques rues latérales la manif rejoint de nouveau la Brouwersstraat et traverse le Bruul et quelques petits passages pour rejoindre la Donkerstraat. La Manif, suivie par les fourgons, se fait bloquer sur le pont au-dessus du ring. Seule issue, le ring. À ce moment, de nombreux journalistes sont bloqués par les flics. Sur le ring, les flics parviennent à encercler et à arrêter de nombreuses personnes. Ils font abondamment usage de leurs matraques et les gens qui se retrouvent tous par terre se prennent des coups violents. Une partie des gens cavale par les buissons, poursuivie par les flics. Des dizaines de personnes rejoignent le squat de Vaartkom, quelques trente entrent. Le reste des manifestants et voisins sympathisants est chassé de la place, certains se font arrêter. Le bâtiment est encerclé et à plusieurs reprises il ya des menaces d’expulsion. Finalement la plupart des fourgons partent vers 1 heure, après 3 heures de siège. Dans le reste de la ville pendant toute la nuit des groupes de gens sont emmerdés et arrêtés par la police.

En tout quelques 100 à 150 personnes sont arrêtées administrativement. Ils arrêtent également des gens qui vont au commissariat pour se renseigner au sujet de leurs amis arrêtés. Les sources officielles parlent de 250 flics mobilisés.

Pour tous ceux présents il est clair qu’il s’agit clairement d’une répression violente et totale d’un rassemblement assez pacifique. Malgré l’attitude dure et provocante des flics le monopole de violence de l’état n’est pas vraiment remis en question (ndt. Dommage !). De nombreuses personnes sont arrêtées sans raison et la matraque est utilisée avec beaucoup d’enthousiasme. Les médias couvrent le tout avec des mensonges sur l’utilisation de pierres de la part des manifestants et la violence des flics est présentée comme « intervention ». La violence venait d’eux. Comme le disait un slogan durant la manif : 'This is what democracy looks like'...

Pour finir, des nouvelles d’actions de solidarité à l’étranger. Ainsi à Dublin un bâtiment de l’Opus Dei est attaqué avec des bombes de peinture. À Zurich c’est le consulat belge qui subit le même sort, ainsi que des graffitis sur sa façade. Il ya également des messages de solidarité sur différents Indymedias européens.

PHOTO PROPOSEE:

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Critiques internationales sur l'enfermement de Angelica et sa mère au camp 127bis

Par UDEP-Bruxelles [copy past], 24 juillet

Copie d'un mail envoyé sur la mailing-liste imc-liege-process.

Absentes ou privées de palais de justice?

Une chose incroyable s'est passée ce matin au palais de justice de Bruxelles, depuis 9h la police, les manifestants, la presse, la famille, la chambre du conseil et les avocats attendaient la petite Angelica Loja Cajamarca et sa mère détenues au centre fermé 127 bis, elles ne sont jamais arrivées! L'office des étrangers et le centre fermé de Steennokerzeel après plusieurs coups de téléphones, ont finalement déclaré qu'il s'agissait d'un "oubli" ... Les avocats disent n'avoir jamais vu ça et comment oublier une affaire qui fait tant de bruit? Ils ont ensuite refusés catégoriquement que les avocats puissent parler avec leurs clientes, nous laissant dans l'inquiétude de découvrir qu'en réalité l'office des étrangers les aurait expulsées pour éviter leur comparution, comme c'est déjà arrivé. A cette heure-ci (15h) nous attendons toujours la confirmation de son avocat, qui devrait se rendre sur place s'il n'obtient pas de conversation téléphonique avec ses clientes. Empêchés donc de rentrer en contact avec leurs clientes, les avocats ont préferé demander une suspension de séance. L'audition devant la chambre du conseil aura donc lieu mercredi vers 9h. La famille d'Angelica en Belgique et l'Udep Bruxelles appellent à un rassemblement de soutien sur les marches du palais ce mercredi à 10h.

Tensions internationales:

En tous cas, cet "oubli" incroyable et l'attitude de l'O.E. et de la directrice du 127 bis, révèle que l'office des étrangers commence peut-être à s'inquiéter de l'ampleur que prend cette affaire en Belgique et plus encore à l'étranger. - En Espagne l'on parle depuis 3 semaines de l'affaire dans la presse papier et radio, la Belgique y est décrite comme un état où l'on enferme les enfants en prison et où les migrants sont traités de façon inhumaine ( voir EFE e.a.). - En Équateur les manifestations se sont multipliées depuis l'entrée en grève de la faim des personnes détenues au 127 bis et l'image de la Belgique, terre des droits de l'homme, y est décriée quotidiennement dans la presse (journaux, radio, télévision). - Depuis, la question de l'enfermement et des droits des migrants en Belgique s'est propagée au Pérou et à la Bolivie (surtout Pérou, voir El comercio e.a.) et sur BBC mundo. - Le président de la république d'Équateur a juré de porter la question de l'enfermement des enfants et du traitement inhumain et lamentable des migrants en Belgique devant le parlement Belge et de créer une commission qui la portera au parlement Européen. Le consul d'Équateur en Belgique, Philippe van Heurck, interpelle directement Yves Leterme, indigné du traitement indigne des personnes dans un pays qui se prétend démocratique, il parle de la brutalité des pratiques usées par la Belgique envers ces personnes. Que des personnes soient empêchées d'assister à leur procès ne fait que rajouter à l'incompréhension de la Belgique des médias étrangers.

État de non droit

Cela révèle l'état absurde de non droit dans lequel sont maintenues les personnes sans papiers en Belgique et son corollaire physique, les zones de non droits que sont les centres fermés. C'est pourquoi les personnes sans papiers, "coupables" de leur situation administrative, pourtant irrésoluble, se trouvent dans une situation absurde de non droit, étant donné qu'introduire une demande de régularisation vous met directement en danger vous et votre famille, de finir dans un centre fermé, de plus que 95% des demandes finissent par un ordre de quitter le territoire. Les personnes sans papiers demandent donc légitimement que cette situation soit régularisée afin de pouvoir entreprendre une vie digne et humaine. Il n'existe en pratique aucun moyen de sortir de la clandestinité, à moins de se faire rafler par la police ou d'introduire une demande qui dans les deux cas vous font courir le même risque, finir détenu dans un centre fermé. C'est là la criante et inhumaine réalité de cette situation insensée, condition humaine de non droit pour des milliers de personnes sans papiers, condition de hors la loi, que met en lumière le cas de Angelica et de sa mère en Belgique.

UDEP Bruxelles 23 juillet 2007 - udep-bruxelles@hotmailSTOPSPAM.com

PHOTO PROPOSEES:

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-> mil n'aime pas cette photo avec le "make capitalism history" = ça prete à confusion

ou

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Viva la vélorucion euromayday!

Par JazzRoot?, 5 mai 2007

La vélorution organisée par l'euromayday le samedi 28 avril a été un beau succès. Le trajet ambitieux prévoyait une petite ballade dans le centre-ville, puis l'ascension de la côte d'Ans pour aller dénoncer à la maison communale le projet pharaonique de liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux et Beaufays (projet porté par Michel Daerden qui va coûter la bagatelle de 400 millions d'euros), avant de terminer chez Ikéa par une action de sensibilisation aux conditions des travailleurs et au modèle socio-économique mis en oeuvre par ce géant de la distribution.

Le rendez-vous est fixé à 13h place St Léonard, vers 14h une cinquantaine de cyclistes s'élance doucement dans la rue Hors-Chateau. Le soleil et la bonne humeur sont de la partie, la vélorution est rythmée par une inattendue musique japonaise émanant d'un gueulophone et quelques slogans (approximativement "on veut des pistes cyclables, des transports en commun potables, des voitures dégonflables", "vélorution", "nous sommes tous des cyclistes japonais", "on est contre la montre" etc).

L'encadrement de la masse critique tourne bien, une voiture-balai transportant une allumée qui harangue les environs au gueulophone suit les cyclistes (de même qu'une voiture des RG), et les rues connexes sont soigneusement bloquées par les participants. Quelques cyclistes qui passent par là se joignent gaiement au groupe.

Arrivés place Cathédrale, quelques cyclistes se mettent à tousser à cause des émanations automobilistiques et soudain une crise cardiaque généralisée foudroie tous les cyclistes qui s'effondrent sur le bitume. Heureusement quelques revendications bien senties font ressusciter tout ce petit monde qui se remet en route vers le boulevard d'Avroy puis la place St Lambert.

Arrivé face à l'Ilot St Michel une petite course tranquille a lieu. Le vainqueur reçoit un magnifique CDI précaire chez Ikéa et les embrassades des miss poilues. La vélorution marque une pause sur la place d'un petit quart d'heure avant que 30-35 motivés ne reprennent leur chemin vers le fief daerdenesque.

La montée de la côte d'Ans se fera tranquillement avec un arrêt à la petite fontaine qui se trouve à mi-chemin où les vélorutionnaires sont ravitaillés en eau potable, pomme et gaufrettes (il n'y aura aucun abandon dans la côte! la voiture-balai n'aura finalement servi qu'à bloquer les automobilistes, et c'est déjà très bien). Puis on se remet en marche jusqu'à l'Hotel de Ville, un peu excentré, où il n'y a évidement personne (on est samedi). Nouvelle pause, un peu plus longue, un des membres du comité contre la liaison autoroutière fait un speech, la grande banderole "Non à l'autoroute, on veut des trams et des vélos" est accrochée sur la façade et puis on repart vers notre but final, Ikea (2 voitures de policiers courtois - si si vraiment - nous accompagnent).

Nous arrivons donc à une bonne trentaine sur l'espace Ikea et on commence par se faire plaisir en occupant un peu les ronds points du tout à la voiture... Quoi de plus beau que quelques dizaines de vélos tournant et retournant dans tous les sens un rond-point, sur fond de musique zen? smile

Après ce petit cirque, on s'arrête à l'entrée et à la sortie du magazinzin, on commence par une prise de parole qui explique pourquoi on est là, des vigiles se mettent près de chaque entrée et nous regarderont le temps que durera notre petite action. On distribue le tract () détaillant les conditions de travail des employés, les pratiques de sous-traitance d'Ikea en Inde, et l'aberration écologique que représente ce modèle. Tout se passera bien, les 600 tracts seront distribués, comme d'habitude les réactions sont assez différentes, quelques gens craignent de recevoir le tract comme s'il était bourré d'anthrax, d'autres nous soutiennent. Au final, le contact passe assez bien et la plupart des passants prennent le temps de lire.

Après 3 petits quarts d'heure, on se remet en route vers le centre, non sans avoir fait un dernier tour d'honneur du parking. Sur le chemin du retour, une petite altercation aura lieu avec un automobiliste enragé, à un moment où ni la voiture-balai (qui a surchauffé dans la côté d'Ans) ni les flics ne sont là. L'enragé en question ne supportera pas de devoir rouler pendant un kilomètre à du 15km/h et tentera un dépassement dangereux par la bande de gauche avant de se rabattre dans la masse des cyclistes. Plusieurs vélorutionnaires s'arrêtent et disent au gars de se calmer, qui s'énerve comme un fou (traumatisant au passage sa bonne-femme qui semble complètement choquée par la violence de son mari), casse la pédale d'un des vélos, avant que l'on décide de le laisser continuer sa route. Enfin, ce fut le seul incident de la vélorution qui rentrera ensuite calmement en ville pour finir en petit barbec sympathique.

G8-récit: Barricades

Par sav., 14 juin

L'action directe non-violente a pour but de replacer l'action politique dans un domaine de confrontation, concrète, ludique, créative dont le but est de causer directement des troubles à ceux sur qui l'on souhaitent faire pression, de les empêcher de mener leur projet à bien ou encore de marquer fortement l'esprit des gens ou des médias par des actions symboliques, spectaculaires, imagées ou subversives. Maloka

Cela ne fait pas trois heures que je dors que le réveil sonne déjà. Dur de se lever, les fesses démolies par la selle du vélo et le dos en compote après trois nuits sur une paillasse. Une fois debout, on se rend compte que la journée va être difficile. Il est quatre heures du matin et un paquet de monde s'active dans tous les sens. On remonte sur nos bécanes et direction le grand bois après avoir passé Bad Doberan.

La Mission: On va sur la 105 près de Bartenshagen. C'est la voie d'accès la plus important entre Rostock et Heiligendamm. Là-bas, à hauteur du petit pont sur la rivière, environ 250 activistes doivent construire une barricade énorme, deux petites barricades de protection seront installées à une centaine de mètres devant et derrière par deux petits groupes afin de stopper la circulation et permettre au grand groupe de travailler le plus longtemps possible. Après quoi on dégage par les bois. Bonne chance.

Arrivés sur place, on se retrouve devant à la place d'aller derrière comme prévu. Trop tard pour faire marche arrière, le timing est trop serré. Il nous reste moins de 10 minutes pour trouver des gros troncs. On rentre dans un coupe-feu, on planque nos vélos. Nous sommes à 50 mètres de la route. On rencontre vite une partie des collègues. On met nos cagoules on ramasse quelques bois et merde! En même temps que l'on entend le bruit de l'hélicoptère, une vingtaine de keufs sont en train de courir vers nous. En plus, il sont habillés en noir ( c'est les pas faciles) et ils ont l'air balaise.

En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, nous changeons d'option et entamons une course poursuite. Au secours, on les a aux fesses. En courant, on se rend compte que sur la route tous les véhicules sont à l'arrêt. On ne sait pas encore si les deux autres barricades ont fonctionné mais c'est le bordel intégral. Nous fonçons dans les bois à toute allure traversant ruisseaux, ronces, sapinières et buissons. Il y a du monde qui cours dans tous les sens et il y en a plein qui se font choper. Aie, aie, aie je n'ai plus de souffle ...

On arrive à courir jusqu'à une partie du bois couverte de hautes herbes dont un paquet d'orties, on se jette dedans et on reste couchés. Nous sommes à 20 mètres du coupe-feu et ils arrivent. On ne bouge plus, on ne respire plus, je vois leurs casques blancs et leurs combinaisons kakis à travers les herbes. C'est déjà ça, s'ils nous attrapent, ils ne nous frapperont pas, ceux-là ...

Le temps s'est arrêté, puis reprend son écoulement normal au fur et a mesure. Des hélicoptères tournent toujours mais ils ont l'air de s'éloigner tout doucement. Nous restons une heure sur place, on en profite pour manger quelques barres de céréales, ça creuse l'exercice.

D'un coup, on a l'impression de changer de monde. Les oiseaux chantent, on les entend très fort, ils ont du flipper avec le bruit des moteurs. On en profite pour lever le camp, on sort du bois par des pâtures, on traverse des ruisseaux, on longe les marres, cela devient bucolique. Surtout quand on entend le chant des grenouilles. On arrive sur une route, d'autres activistes sortent du bois. On rejoint la nationale 105. Des dizaines de combis remplis de flicaille filent en direction d'Heiligendamm. On arrive à Bad Doberan, les flics que l'on croise sont trop occupés à faire la circulation. Ce matin, c'est le bordel. Impossible de rejoindre le sommet par la route, les barricades ont poussé un peu partout. L'accès à la porte Est est toujours bloqué, et les gens retournent en masse bloquer la porte Ouest. Les journalistes et les délégations rejoignent la zone sécurisée au compte goutte par les airs ou par les mers.

En rentrant au camp, impossible d'avoir des nouvelles. Ce n'est qu'une fois rentrés à Liège que l'on apprendra que les deux barricades étaient magnifiques et que à 6h40 plus de 70 activistes avaient été arrêtés.

PHOTO PROPOSEE:

105.jpg

[NoG8] L'autonomie des fourmis

Par Jazz, 15 juin 2007

Suite à quelques discussions ces derniers jours sur l'efficacité des actions menées au contre-sommet d'Heiligendamm, sur la manière dont les médias mainstream (n') en avaient (pas) parlé, et sur la manière dont "monsieur-et-madame-tout-le-monde" avait pu percevoir ce qui s'y est passé, je voudrais revenir sur quelques affirmations trouvées dans les médias dominants à propos du contre-sommet, et à partir de là revenir sur/développer certaines informations/questions. Je me base sur la lecture de journaux francophones ("Le Monde", "Libération", "Le Soir", "Le Figaro", "La Libre Belgique"; notons que ce ne sont pas censés être les "moins bons" journaux ou les plus réactionnaires, "Le Figaro" mis à part) ainsi que sur des traductions qui m'ont été faites de certains articles allemands. Pour ne pas caricaturer, je précise que certains journalistes se sont montrés plus critiques à l'égard du sommet officiel et plus attentifs au contre-sommet (1), et que certains médias ont parfois ouvert leurs pages à des tribunes donnant un point de vue différent (1). Mais il n'empêche que globalement la couverture du sommet était grandement uniformisée, par les dépêches d'agence de presse et par les formes/sujets habituellement imposés aux journalistes.

Du point de vue des médias dominants

Un premier point concerne la criminalisation du mouvement no-global et la mise en avant de la division au sein du mouvement. Lors de la manifestation du samedi 2 juin à Rostock, de violents affrontements ont eu lieu entre manifestants (black blocs en particulier) et policiers. Ces affrontements et leur condamnation par les porte-parole de certaines organisations ont été relayés par les agences de presse et à partir de là par la totalité des médias mainstream. Ces violences ont constitué pour certains médias, la grille de lecture des événements du contre-sommet, un journaliste de la chaîne de télé NDR allant jusqu'à inventer des jets de cocktail molotov au très paisible et très pacifique blocage de la porte Est. Par rapport aux auteurs de violences, les très rares articles qui leur ont été consacrés sont des modèles de désinformation et n'évoquent jamais les motivations des émeutiers ("ils viennent pour casser", au mieux: "ils crient des slogans simplistes et chantent l'Internationale").

Un autre point concerne la négation explicite par certains médias du caractère politique du contre-sommet et des actions qui y ont été menées, ça a notamment été le cas de "Das Bild" et du "Frankfurter Zeitung" (dans son édition du vendredi 8 juin), ce dernier organe expliquait que les altermondialistes étaient venus dans des camps semblables à ceux des festivals de musique pour jouer au chat et à la souris avec la police, et qu'il n'y avait là aucune motivation politique. On peut remarquer que certains récits/reportages factuels de médiactivistes sur les actions de blocage, pris isolément, ont pu laisser la même impression d'apolitisme à certains lecteurs (peut-être un peu naïfs). De manière plus générale, les articles d'actualité sur le contre-sommet n'ont que très rarement permis aux anti-G8 de développer un minimum leurs idées, les journalistes préférant largement les descriptions spectaculaires des extravagances des manifestants ou de l'action de Greenpeace.

Il y enfin la relative absence de compte rendu des résultats des actions blocages, au profit d'une peopolisation des participants au sommet et d'une focalisation sur les passionnants marchandages politiciens et sur la très ambitieuse déclaration finale ("Nous nous engageons à envisager sérieusement l'objectif de réduire de 50% les émissions polluantes d'ici 2050")

Je dis relative absence de compte-rendu sur les blocages car dans les 7 éditions papiers que j'ai eues en mains, il n'y avait qu'un petit entrefilet sur le sujet, ce qui m'a laissé penser à une occultation de ces actions. Mais en cherchant sur le oueb, j'ai trouvé une dizaine d'articles qui parlaient de ce sujet pointant parfois explicitement l'ampleur inédite des blocages à un sommet du G8. Ces articles mettaient en avant les problèmes de déplacement pour les journalistes et les délégations et les retards que ça avait impliqué, les plaintes du syndicat de police sur leurs cadences infernales de travail, une visite annulée de l'épouse du 1e ministre japonais ou encore les critiques adressées aux policiers par les délégations (un canadien affirmant "la police allemande est en dessous de tout":).

Une division exagérée? Quelle violence...

Qu'en est-il de cette division du mouvement tant affichée dans les médias suite à la manif du 2 juin? Il semble impossible d'avoir des données globales objectives sur le sujet, mais il est indéniable que les porte-parole de certaines "grandes" organisations réformistes (notamment ATTAC) ont condamné les violences (j'utilise le terme "réformiste" sans connotation péjorative, pour désigner ceux qui espèrent arriver à réformer les institutions internationales existantes). Il est aussi indéniable que certains activistes pacifistes ont, dans des situations tendues, exigé des black blocs qu'ils ne fassent pas usage de la violence.

Mais on ne peut également nier, lors de la manifestation du 2 juin, la cohésion qu'il y avait entre black bloc et "simples" manifestants lors des incursions de la police dans l'espace du port où ils se trouvaient. On ne peut pas non plus nier, aussi bien dans les camps que dans les blocages, que le noir, les couvre-chefs et autres bandeaux pouvant servir de masque étaient très présents. D'un point de vue personnel, si j'ai rencontré 2 personnes qui critiquaient les stratégies des black blocs, l'immense majorité des gens rencontrés, qu'ils soient membres d'orgas comme ATTAC et le CADTM, du réseau indymedia ou de la fédération anarchiste, respectaient le choix fait par certains d'une contestation violente du système, voire le soutenaient. Peut-être tous ces gens avaient-ils en tête le dernier article de la déclaration des droits de l'homme de 1793: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs." Et que la réponse à la question "l'auto-proclamé gouvernement mondial qu'est le g8 viole-t-il les droits des peuples?" leur semblait évidente...

Quoi qu'il en soit c'est dur de savoir ce qu'il en est réellement des divisions dans le mouvement. Mais ce qui est sûr c'est que c'est la première fois depuis Gênes que des porte-parole d'organisations réformistes condamnent les violences lors d'un contre-sommet (j'entends "contre-sommet" dans un sens large: tout ce qui a été créé par les anti-g8, contre-sommet officiel, actions, activités des camps,...).

Il n'est pas inutile de préciser que ces condamnations ont pu être d'autant plus mal perçues par certains activistes que, lors d'une rencontre préparatoire au contre-sommet en avril, ATTAC et d'autres organisations réformistes (IG Metall notamment) avaient annoncé qu'elles soutiendraient toutes les formes d'actions contre le g8. Une autre raison est peut-être que, sans devoir soutenir les actions violentes, les porte-parole réformistes pouvaient envisager d'autres formes de distanciation:

"Les porte-parole réformistes font le calcul politique qu’il est plus avantageux pour eux de répéter ce que l’État veut qu’ils disent plutôt que de se déclarer solidaires de ceux et celles qui, dans la rue, se croyaient leurs alliés de lutte [33] . Les dirigeants réformistes ont pourtant d’autres options : ils pourraient se déclarer non-violents mais rappeler que les Black Blocs et leurs alliés font eux aussi partie du mouvement et que leurs actions ont un sens politique. Ils pourraient même « utiliser » les Black Blocs pour faire pression sur les représentants de l’État, en déclarant : « regardez, il y a dans la rue des gens très en colère et vous avez donc intérêt à négocier rapidement avec nous pour calmer le jeu ». Ils ont fait un tout autre choix, au risque de présenter une image tronquée du mouvement et d’encourager la violence et la répression policière. Alors que les réformistes s’inquiètent publiquement que les Black Blocs soient manipulés par la police, il semble que les réformistes se laissent eux aussi manipuler. Entre les actions des Black Blocs et les paroles des dirigeants réformistes, il n’est pas évident que ce soient les premières qui nuisent le plus au mouvement." - in "Black blocs: bas les masques"

Dépassant la condamnation par plusieurs porte-parole réformistes des violences pendant la manifestation du 2 juin, Monty Schädel, un porte-parole d'ATTAC a dit dans une interview à la tv ZDF "qu´il allait dès à présent collaborer activement avec la police afin de dénoncer de potentiels criminels". Cette information m'avait été rapportée par un membre d'ATTAC-Sarbrucke qui avait décidé en conséquence de démissionner de l'organisation, elle est confirmée par un communiqué de plusieurs organisations participant au contre-sommet (notamment le camp de Reddelich, le Legal Team International, les réseaux No Border, No G8, the Voice Refugiers et d'autres). S'il semble encore possible de discuter avec des porte-parole ayant, dans un moment de tension et d'urgence, condamné les violences, une telle déclaration s'arrogeant le droit de dire qui peut faire partie du mouvement et surtout décidant de collaborer activement avec les forces répressives, est scandaleuse et tout simplement inacceptable. Il me semble qu'à défaut d'un communiqué clair d'ATTAC désavouant cette personne et ses propos (communiqué auquel il faudrait donner une publicité importante pour espérer réparer les dégâts d'une telle déclaration), la division du mouvement, que poussent nombre de médias dominants, risque fort de devenir bien réelle. (Notons ce communiqué d'ATTAC - 1 - qui, sans condamner les déclarations outrageantes de Monty Schädel, adopte une optique relativement "constructive").

Réalité médiatique et zones autonomes temporaires

Nier le caractère politique des motivations des participants et de leurs actions est une "information" tellement aberrante qu'il n'y a même pas à revenir longuement sur les raisons pour lesquelles les gens étaient présents, sur les communiqués des participants, leurs slogans et banderoles ou sur la dimension politique des cibles de leurs actions (base militaire, publicité, camp de rétention, Shell, G8,...).

Par contre la vision tronquée d'un contre-sommet apolitique montre bien la liberté totale que certains médias dominants peuvent prendre vis-à-vis de la réalité, cela d'autant plus qu'il s'agissait pour les blocages d'actions pacifiques, colorées et spectaculaires, bref d'actions on ne peut plus "médiatiquement correctes". Se pose alors la question de savoir quel pouvoir nous pouvons avoir sur ces désinformations. La réponse est simple: aucun. Quand bien même des gens motivés obtiendraient la publication d'un droit de réponse (ce qui est impossible à faire pour chaque article biaisé), ces droits de réponse n'ont jamais la même publicité que les articles mis en cause, en d'autres termes le mal est fait. Au-delà des médias ouvertement hostiles au mouvement no-global, certains activistes prennent en compte le point de vue de médias plus conciliants, plus ouverts au mouvement no-global. Or il ne faut pas oublier que tous les mass médias, quelle que soit leur ligne éditoriale/politique, appartiennent à des gens qui sont partie prenante du système économico-politique dominant, à des gens qui sont objectivement nos "ennemis". Et l'on ne peut nier le fait que, lorsqu'un mouvement social ou intellectuel remettant radicalement en cause le système dominant atteint une certaine force, l'immense majorité des mass médias participe à sa délégitimation (les exemples plus ou moins récents les plus clairs sont probablement la campagne propagandiste des médias français pour le oui à la Constitution Européenne, et l'opposition des mass médias vénézueliens au président Chavez). Continuer à prendre en compte dans l'analyse de nos actions le point de vue des mass médias revient à donner un important pouvoir, de division, de délégitimation et de consensualisation du mouvement no-global, à des gens qui ne manqueront pas de l'utiliser dans les situations critiques.

(…)

Bref, revenons à cette grossière désinformation sur l'apolitisme des anti-g8 qui permet de faire un retour sur le mode d'organisation qui avait cours dans les camps et pendant les actions. Si les camps étaient des lieux où il y avait toujours moyen de faire la fête, de discuter, de boire (précisons que certains jours, à la veille de grandes actions, il n'y avait pas d'alcool en vente dans les camps), ils étaient surtout des lieux où les comportements racistes, sexistes et marchands étaient bannis, tout comme l'étaient les médias (sauf à avoir reçu l'autorisation à l'entrée du camp et à être accompagné). Des lieux où la confiance et la solidarité étaient la norme. Des lieux habités par une communauté d'êtres différents animés par un esprit de résistance, un esprit qui se manifestait à chaque arrivée de la police aux portes du camp, qui se manifestait dans les nombreux entraînements aux techniques de blocage ou dans les principes mêmes de cette communauté.

Concrètement, les camps étaient organisés en différents barrios (zapatiste, black, queer,...), à l'entrée de chaque camp se trouvaient des stands d'information sur le camp, sur la région, sur les actions prévues pour la journée et sur bien d'autres sujets. Chaque camp avait également une tente d'accès public à internet, et éventuellement une réservée aux médiactivistes, il y avait également plusieurs bars et un lieu avec un écran géant diffusant tantôt les infos de l'excellente g8-tv, tantôt des documentaires militants sur divers sujets. On pouvait trouver à manger en permanence, de la nourriture toujours végétarienne à prix libre (lors des grosses actions de blocage le ravitaillement des blockers était assuré à partir des camps).

Il faut aussi mentionner les permanentes discussions, assemblées et autres réunions de préparation d'action, dans les camps mais également sur les lieux des blocages de masse. Le fonctionnement de ces assemblées reposait en bonne partie sur la constitution en "groupes d'affinités", groupes le plus souvent constitués par les participants avant même l'arrivée à Rostock. Les assemblées rassemblaient donc pour les débats des membres de différents groupes d'affinité, plus des électrons libres évidemment L'assemblée était soit arrêtée sur un consensus, auquel cas chacun retournait auprès de son groupe pour expliquer la décision, soit elle était arrêtée pour permettre aux participants d'aller discuter avec leurs groupes et de revenir ensuite avec la décision prise par le groupe. C'est notamment au sein de ces groupes d'affinité que s'organisaient, de manière complètement autonome, les actions décentralisées de construction de barricades ou de sittings, parfaitement complémentaires avec les blocages de masse. Au final, ce mode d'organisation essayait de tendre, autant que possible, vers une structure horizontale, égalitaire et sans hiérarchie.

Bien sûr, tout ne fût pas parfait, certains organisateurs se sont plaints que les gens ne participaient pas assez à l'auto-gestion des camps. Et il arrivait que les jeux de pouvoir reviennent: je l'ai notamment constaté lors d'une assemblée au blocage Est mercredi, pendant laquelle une activiste de Block-g8 monopolisait la parole en intervenant entre chaque prise de parole d'un participant, et essayait d'exclure certaines questions de la discussion (à savoir, le départ d'une part des blockers vers une autre porte ou directement dans la zone rouge). Il n'empêche que les blocages et les camps, dans une moindre mesure vu leur côté "d'espace "concédé" à la liberté", ont pu faire penser à des "zones autonomes temporaires" constituées de "bandes"...

"La TAZ (Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se définit pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l'Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l'espace, le temps ou l'imaginaire, et se dissout dès lors qu'il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d'assaut, et retourne à l'invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l'Histoire, une tactique de la disparition. (...) La TAZ occupe un lieu temporaire, mais actuel dans le temps et dans l'espace. Toutefois, elle doit être aussi clairement «localisée» sur le Web, qui est d'une nature différente, virtuel et non actuel, instantané et non immédiat. (...) Mais la TAZ ne se soucie guère du «a été» ou du «sera». Elle s'intéresse aux résultats - raids réussis sur la réalité consensuelle, échappées vers une vie plus intense et plus abondante. (...) La TAZ doit être la scène de notre autonomie présente, mais elle ne peut exister qu'à la condition que nous nous reconnaissions déjà comme des êtres libres. (...) En fin de compte, la TAZ est quasiment auto-explicite. Si l'expression devenait courante, elle serait comprise sans difficulté... comprise dans l'action." - in "TAZ - Zone Autonome Temporaire"

Blocages, symbolique

Durant le contre-sommet, nous nous posions régulièrement des questions sur l'effectivité des blocages auxquels nous participions, que ce soient les blocages de masse ou les blocages/barricades plus autonomes/décentralisés. Mis à part lorsque nous nous connections au fil info du réseau indymedia, nous avions assez peu d'informations crédibles sur la situation globale aux portes de la zone rouge. Et surtout, quand même on nous annonçait que tous les accès terrestres à la zone rouge étaient bloqués (comme c'est arrivé mercredi au moins), nous ignorions les effets réels que nos blocages avaient sur le déroulement du g8.

Sur cette question de l'effet de nos actions, une première remarque pourrait concerner le peu d'infrastructures et d'encadrement humain nécessaire à un G8, on peut se demander quel aurait été l'impact effectif de nos blocages sur un sommet de l'OMC devant réunir plusieurs centaines de délégués et nécessitant des centaines d'interprètes et autres larbins...?

Une deuxième remarque pourrait concerner l'attitude de certains (rares) activistes qui, cherchant sans doute à paraître le plus radical possible, dénoncent les actions de blocage comme n'étant que des jeux de scout n'ayant eu aucun effet politique réel.

Il faut accorder à ces activistes qu'il y avait une dimension ludique dans les actions menées pendant le g8: longues "randonnées" à travers champs et bois, sittings bon enfants, déguisements, etc. Mais parler de "jeu scout" revient à faire exactement le travail de la presse mainstream qui discrédite le mouvement en niant son caractère politique. Ces actions étaient bien un jeu mais un jeu où, face au plus grand dispositif policier et répressif depuis la 2e guerre mondiale en Allemagne (17.000 policiers, 1.200 soldats, des dizaines d'hélicoptères, d'autopompes, un mur de 12km, ... pour un montant de plus de 100.000.000 d'euros - 1.200 arrestations sur la semaine), nous avons démontré notre nombre, notre volonté et notre organisation, nous avons démontré qu'à défaut de s'exiler dans des îles ou des déserts perdus, les puissants de ce monde trouveront toujours en face d'eux (fût-ce en semaine en période d'examens) des multitudes créatives prêtes à "partir à l'assaut du ciel". Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà beaucoup.

Je pense qu'on doit aussi accorder à ces activistes critiques que les blocages n'ont eu aucun "effet politique réel". Mais ces actions ont eu des effets symboliques importants, non seulement en tournant en dérision le dispositif policier, en montrant notre force, mais aussi en reprenant le droit fondamental que les autorités voulaient nous enlever: celui de manifester dans un périmètre de 12km autour de la zone rouge (là même où nous étions en permanence).

Et puis le succès des actions de blocage nous a permis de nous rencontrer, d'échanger pendant les longues heures où nous faisions face à la zone interdite et aux policiers, cela nous a permis de prendre conscience de notre puissance commune. Tout cela, bien qu'étant "symbolique" ou en tout cas sans "effets politiques réels", ne me semble pas négligeable.

Soyons clairs, je regrette réellement que les blocages de masse n'aient pas déboucher sur des tentatives de pénétration dans la zone rouge, alors qu'à certains (rares) moments le rapport de force était clairement en faveur des manifestants. Une incursion massive dans la zone rouge aurait certainement pu permettre d'interrompre le sommet, et c'est d'ailleurs probablement le seul moyen d'interrompre un sommet ne réunissant "officiellement" que 8 personnes.

Mais il faut aussi se rendre compte qu'une interruption du sommet ne serait elle-même qu'une victoire symbolique, cela n'empêcherait pas les gens de mourir de faim, les guerres d'avoir lieu, l'écosystème de disparaître et les droits sociaux de reculer (là où il y en a). Espérer qu'une interruption du g8 sous la pression des manifestants ait des effets politiques réels relève à mon sens de l'attente du Grand Soir et des inévitables déceptions que cette attente suscite. Une interruption du g8 participerait probablement à sa délégitimation (comme on peut penser que ce fut le cas pour l'OMC et Seattle). Et encore...? Une interruption de ce type et les violences inévitables qu'elle entraînerait (pour entrer dans la zone rouge ou de la part de la police à l'intérieur de cette zone) pourrait tout simplement décider le g8 à se réunir au bout du monde et être utilisée par les médias dominants pour décrédibiliser ces hordes d'altermondialistes violents incapables de proposer une alternative (comme c'est déjà parfois le cas: 1).

Car c'est là un autre point, que pouvons-nous proposer? Je ne suis pas un de ces intellectuels qui participent à l'important travail de déconstruction des logiques néo-libérales et à la construction des alternatives théoriques, mais je crois savoir que les principales propositions tournent autour d'une réforme de l'ONU et du retour dans le giron de cette ONU réformée de plusieurs institutions internationales (Banque Mondiale, FMI,...). Je respecte sincèrement ce travail intellectuel, mais je dois avouer que je suis sceptique sur nos capacités réelles à pousser ce genre de réformes "positives" (constatons par contre un certain nombre de victoires "d'opposition": 1), et que je suis surtout sceptique sur les possibilités de transformation de la politique économique dominante qu'aurait ce genre de réformes des institutions internationales. Finalement, ce que nous pouvons proposer de mieux, ce sont probablement nos vies, nos combats et nos envies.

C'est peut-être pour cela que la perspective d'une réelle interruption d'un sommet demeure enthousiasmante, pour la démonstration du nombre de petites fourmis que nous sommes à travailler localement à la transformation de nos mondes, et pour la prise de conscience des possibles que nous avons ensemble...

Rendez-vous en Italie en 2009.. Et à bien d'autres endroits d'ici-là... smile

PHOTO PROPOSEES:

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Autres propositions

jazz

brèves:

- [Antipub] Notre vi(ll)e n'est pas à vendre : http://liege.indymedia.org/news/2007/05/16205.php

- Une attaque de nazis contre un camp antinucleaire cause un mort - Siberie : http://liege.indymedia.org/news/2007/07/17702.php

"cultures":

- "L'insurrection qui vient" : http://liege.indymedia.org/news/2007/06/17103.php

- Micropolitiques des groupes : http://liege.indymedia.org/news/2007/04/15798.php

"précariats":

- [Job étudiant] L'arnaque du Troubadour: http://liege.indymedia.org/news/2007/07/17531.php

- Qui est Super Précaire? : http://liege.indymedia.org/news/2007/07/17563.php

- [Gand] TAZ au Graslei : http://liege.indymedia.org/news/2007/07/17472.php

mil

- (G8) Déténtion : http://liege.indymedia.org/news/2007/06/16779.php

- Réflexions sur le G8: http://liege.indymedia.org/news/2007/06/17006.php

Si on fait un numéro spécial G8, alors bcp de textes n'ont pas à se retrouver dans cette selection, non?


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