Conventions pour les notes :
- [{n}] Notes de Biella Coleman
- [b{n}] Bibliographie de Biella Coleman
- [t{n}] Notes des traductrices et traducteurs
Source :
http://journal.planetwork.net/article.php?lab=coleman0704
Traduction CMI Paris/IdF

L’indépendance d’Indymedia : du média
activiste au
logiciel libre
Par
Biella Coleman
Le réseau global décentralisé et de base
(grassroots) applique les principes de l’
open source à la diffusion des
informations.
I. INDYMEDIA ET LA LIBERTE D’EXPRESSION
[1]
Le démarrage et la croissance des CMI
[t1]
Indymedia [2][t2] est un agrégat de centres de
médias activistes [t3], affiliés de façon souple, et dispersés autour de la planète. Ce qui nourrit sa croissance, son ascension, ce sont les contradictions consternantes de la
globalisation moderne. Pendant que, avec l’appui de la
FCC, certaines forces consolident et concentrent les entreprises de médias en quelques grandes
multinationales monstrueuses, un courant de sens contraire entraîne de nouveaux médias dans la direction opposée, les centres de médias indépendants (CMI) étant un exemple de premier plan. C’est la confluence d’une série d’opportunités qui a amené à la fondation du premier CMI à Seattle. Parmi ces courants convergents, on peut lister : le succès des manifestations contre l’
OMC , les technologies web et des
logiciels libres plus faciles d’accès, un public de plus en plus dépendant des informations diffusées en ligne, et des
activistes inspirés et abattant un gros travail. Les technologies Internet ont été la base des moyens assurant la croissance d’Indymedia, et sous bien des aspects, les objectifs politiques des CMI découlent de leur utilisation et de leur production de
logiciels libres. La mise en place de systèmes de publication web basés sur des
logiciels libres est devenue partie intégrante de la mission des CMI. C’est cette interconnexion fascinante entre les valeurs politiques et le contexte technologique du CMI qui émerge d’une analyse du développement d’Indymedia au cours de ses premières cinq années d’existence.
Les centres Indymedia vivent sous la forme de collectifs locaux qui gèrent et coordonnent un site web d’actualités, quelques uns s’occupent également de centres de médias affiliés pour des
activistes locaux. Ces sites web donnent à tout utilisateur du site (qu’il soit ou non membre du collectif) la possibilité de créer, de publier et d’accéder à des reportage d’actualité sous diverses formes, textes, photos, vidéos et audio. Le résultat : sur le net, une source gratuite de journalisme direct et sans filtre fait par des
activistes, parfois téléchargé dans le feu de l’action pendant une manifestation ou une intervention politique directe. Bien que chaque centre individuel soit autonome, ils sont tous connectés aux autres par une infrastructure globale de technologie et de techniciens qui tous partagent le même engagement en faveur de la
Publication Libre. Là où le journalisme traditionnel s’en tient à des politiques éditoriales qui sont cachées et entre les mains de quelques experts bien formés, Indymedia propose l’alternative de la «
Publication Libre », un processus démocratique pour la création d’articles qui est transparent et accessible à tous, et qui remet en cause la séparation entre consommateurs et producteurs d’information d’actualité.
L’apparition du premier CMI marque le début d’une
globalisation d’un autre type, une
globalisation délibérément construite par des
activistes comme une alternative à la privatisation globale des
médias et à la logique libérale imprégnée d’un idéalisme du marché libre, une
globalisation imaginée comme une «
globalisation par en bas » et remettant en cause les discours politiciens selon lesquels l’économie libérale de marchés conduit naturellement au développement économique et à la démocratie.
Au moment où cela était formulé, les premiers organisateurs n’ont pas conçu l’architecture d’Indymedia comme modèle à exporter. Et pourtant cette idée ingénieuse de se poser comme le
média, au lieu de compter réformer
les médias établis, a eu une portée mondiale. Au cours des 10 premiers mois, 33 CMI ont vu le jour dans 10 pays sur quatre continents. Au cours de l’année passée, Indymedia a installé des media-lab et des ateliers de formation très populaires en Cisjordanie, dans les communautés indigènes paysannes des Andes, dans les camps de
paysans sans terre au Brésil, dans les banques squattées et centres communautaires
piqueteros en Argentine. Il y a aujourd’hui plus de 110 CMI dans le monde entier, sur 6 continents, dans plus de 35 pays et en plus de 22 langues. Si bien que maintenant, si l’on peut parler de ce qu’on a justement baptisé la « wallmartisation digitale »
[t4] des
médias « normaux »
[t5], on peut aussi cliquer vers des centaines de nœuds de
médias [3] autonomes et aux textures variées.
Autant que son contenu à plusieurs voix, la présence symbolique de ces collectifs parle d’elle-même en opposition au one-man-show des
médias. Au lieu de ce monde plat du patriotisme acritique, de l’idéalisme libéral de marché, de
la théorie du choix rationnel, et de la politique insipide des partis que nous servent nuit et jour toutes les chaînes des principales télés, Indymedia fournit un flot continu d’expressions locales qui sont rarement reprises dans les
médias de masse. C’est en cultivant un certain degré de cohésion au milieu d’un forum qui est par ailleurs très divers culturellement, linguistiquement et politiquement-parlant, que les CMI parviennent à ce résultat : la culture de l’activisme progressiste. La théorie étant qu’on ne peut s’opposer avec succès aux systèmes actuels de la
globalisation économique qu’en construisant une unité qui transcende les frontières des nations, des appartenances politiques, des identités et des intérêts étriqués.
Indymedia s’appuie aussi sur une longue histoire de pratiques sociales typiques de l’Internet pour travailler ensemble et produire des technologies, en particulier le le mouvement du
logiciel libre(
FOSS [t6]). Ce mouvement est un assemblage complexe de pratiques sociales, de théories sur les brevets, de méthodologies techniques, et de philosophies sur lesquels s’appuient les
hackers du monde entier pour travailler ensemble, dans des associations de bénévoles sur Internet, pour créer des logiciels « libres ». Au contraire des logiciels propriétaires, le
logiciel libre donne le droit à ses utilisateur d’utiliser, de copier, de diffuser et de modifier les instructions du logiciel, le code-source
[4]. Même si les sociétés et développeurs de
logiciel libre peuvent se faire payer pour le média qui permet de distribuer le logiciel et pour les services associés, le code source sous-jacent doit, lui, toujours rester libre d’accès. En tant que telles, les technologies
FOSS sont aussi des alternatives bien meilleur marché et plus robustes que les logiciels propriétaires.
Ces technologies
FOSS bon marché, comme les serveur ou les clients de messagerie, se sont avérées des bases techniques indispensables pour des CMI animés par des bénévoles
[5]. Dans le même temps, la philosophie de
liberté d'expression inhérente au mouvement
FOSS entrait en résonnance avec l’engagement des CMI nouvellement créés envers la
Publication Libre (Open Publishing [t14]). Sur la base de ces interconnexions, Indymedia s’est embarqué sur un positionnement politique plutôt unique en son genre, redéfinissant la compréhension habituelle de
la liberté d’expression qui était celle d’une valeur garantie essentiellement par protection légale. Conscients des conditions économiques et technologiques qui enferment la parole dans leurs contraintes, les
activistes des CMI se servent d’innovations aussi bien éditoriales que technologiques pour ouvrir de nouvelles voies facilitant l’expression de tous, comme moyen pour atteindre les objectifs politiques fixés par les collectifs locaux.
Dans cette section, je donne un aperçu de cette culture politique, unique en son genre, culture de
médias bricolés et d’unité-dans-la-diversité, en évaluant son développement au fil du temps.
Héraclite, le philosophe grec, affirmait que la seule constante c’était le changement, le flux de la rivière étant représentatif du flux inhérent à la vie. En parallèle du monde naturel des ruisseaux et des montagnes, les entités sociales sont également sujettes aux crues et turbulences, cependant elles sont tenues par des « lois » différentes des lois naturelles. Les délibérations, action, débats et luttes des hommes, voilà les moteurs du changement. Aborder ce mouvement de
médias en réseau du point de vue de la transformation temporelle directe offre une réelle richesse de compréhension de cette culture politique unique construite par Indymedia ainsi que de « ces temps de
globalisation ». C’est tout autant un précipité social d’un moment historique particulier, qu’un véhicule politique dont l’objectif est de faire avancer la transformation historique.
Naissance d’une réponse
L’explosion initiale et la diffusion d’Indymedia sont les produits inattendus des possibilités libératrices des technologies en réseau en une époque d’économie néolibérale agressive
[6]. L’idée qu’un marché libéré de toute entrave puisse résoudre même les plus petits des problèmes sociaux est une vieille « croyance religieuse ». Comme
Karl Polyani l’a expliqué de façon convaincante il y a plus de 50 ans, le libéralisme économique « est devenu une véritable foi dans le salut de l’homme grâce à un marché auto-régulé »(1944 :135)
[b6]. Que l’on s’y réfère maintenant sous les vocables de
globalisation économique, de néolibéralisme, ou de Consensus de Washington, ses principes de bases demeurent d’une austère simplicité : lâchez les brides à l’économie et tout va rentrer dans l’ordre.
La simplicité de cette formulation théorique trahit une histoire plus laborieuse et compliquée. Les
multinationales, les institutions transnationales et leurs corollaires les traités commerciaux internationaux, un catéchisme massif de la part des
médias, tous avec une formidable puissance géopolitique, ont été indispensables pour soutenir une réalité qui occulte idéologiquement le protectionnisme américain et l'agression militaire débridée que permettent ces structures.
Malgré leur capacité à contraindre des états-nations à mettre en place des programmes de restructuration (souvent au nom de la démocratie), ces politiques et idéologies néolibérales doivent faire face à une forte dissidence. Indymedia est apparu à l’occasion de luttes historiques contre la logique néolibérale. De la moitié jusqu’à la fin des années 90, l’opposition de plusieurs groupes est montée à travers le globe.
Ya Basta !, le réseau
Direct Action Network, et
l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) en furent des acteurs remarquables, alors que les premières manifestations contre l’
OMC dans les rues de Seattle marquaient l’apparition d’une version puissante et distillée de cette dissidence, dans une région du monde où les manifestations de rue spectaculaires étaient restées en hibernation prolongée.
Conscient que les
médias normaux ne rendraient compte que parcimonieusement de ces dénonciations passionnées exprimées par divers acteurs, on prit la décision de prendre en charge soi-même la diffusion de l’information. L’idée était de trouver une solution à « la nécessité pour les communautés d’avoir le contrôle de leur message, de pouvoir vraiment exprimer par elles-mêmes leurs préoccupations » (Perlstein, 2000 WTO History Project interview)
[7], et de donner plus d’écho, plus de volume, à des voix alternatives jusque là étouffées, en rassemblant des gens qui s’étaient auparavant investis dans des projets de
médias similaires, « indépendamment » les uns des autres. Le CMI a donné naissance à un nouveau type d’indépendance collaborative.
Pendant les manifestations contre l’
OMC à
Seattle, pendant que les journalistes traditionnels répétaient comme des perroquets les déclarations du chef de la police à la Conférence de presse, selon lesquelles on n’avait utilisé ni balles en caoutchouc ni gaz lacrymogènes, les reporters d’Indymedia dans la rue enregistraient des vidéos à faire froid dans le dos et des photos prouvant le contraire. Bien que dépassés par les journalistes du CMI « embedded »
[t7] dans la rue, l’impact du CMI pendant le sommet de l’
OMC fut tel qu’il fut salué même par les médias dominants ! La télévision ABC news déclarait ainsi « Ce sont ceux-là mêmes, qui étaient à
Seattle pour affronter ce qu’ils pensent être les effets néfastes du commerce globalisé, qui ont découvert un pouvoir nouveau en faisant commerce global de l’
information »
[8]
Le fait significatif était que non seulement les organisateurs des protestations avaient décidé de mettre en place une structure de
médias bricolés avec une couverture spectaculaire, mais qu’en plus ils ont été capables de la faire. Les
activistes ont mis en œuvre les technologies issues du
logiciel libre, comme des systèmes de gestion de contenu et des serveurs, pour lancer des technologies web de diffusion de l’information qui allaient finalement devenir un modèle à suivre. La nature bon marché et accessible des
logiciels libres et des
médias numériques, et une tendance croissante à consulter les actualités sur le net, tout cela a facilité l’adoption du CMI comme modèle d’information par les
activistes. C’était un exemple de premier plan d'une politique de localisation à travers les technologies de la
globalisation. Dès le départ, ce sont en effet les principes de l’autonomie locale qui ont guidé ce qui allait s’articuler en un réseau global à grande échelle.
Bien dans son époque technologique
Quelques théoriciens critiques du capitalisme affirment que l’ère de l’Internet construit à partir d’ordinateurs peu coûteux, de connexions à haut-débit rapides et de réseaux globaux de communication n’est pas quelques chose qui vaille qu’on le célèbre, mais que c’est plutôt l’expression stricte d’une idéologie et de forces économiques virulentes.
[9]. Ils remettent en cause l’idée que l’émancipation
(empowerment [t15]) politique et économique est inhérent à cet assemblage de technologies (pages web, protocole de transfert de fichier FTP, systèmes de gestion de contenu, communautés en ligne, infrastructures de serveurs,
IRC, etc.) que l’on a tendance à penser comme un tout que l’on désigne typiquement comme
« l’Internet » ou « le cyberespace ».
Une rhétorique utopienne et acritique de la « révolution cybernétique », j’en suis d’accord, peut cacher plus de choses qu’elle n’en éclaire. Ce sont bien des investissements économiques massifs qui ont permis les technologies de l’information, et contribuent à des disparités de richesse entre riches et pauvres. Le tournant commercial de l’Internet dans le milieu des années 90 l’a ouvert aux grandes manœuvres de la finance, de l’industrie des services et du capitalisme
consumériste. Mais, d’autre part, ces critiques n’offrent qu’une perspective partielle et diluée des réalités de l’utilisation de la technologie. Quand on voit comment les
hackers, les
activistes, les technologistes, les groupes de jeunes, les femmes au foyer, les malades et leur proches s’approprient la technologie pour créer des mondes alternatifs, pleins d’une nouvelle réalité sociale, de sens, de création et de politique nouveaux, tout cela au milieu de la commercialisation de l’Internet, on devrait hésiter à donner à cette constellation de technologies qui composent l’Internet l’âme endurcie, toujours déterminée, qui serait celle de l’esprit du capital. En d’autres termes, bien que de nombreuses technologies aient été développées et mises en place dans un but spécifique au départ, l’utilisation de ces mêmes technologies dans des contextes différents et spécifiques façonne aussi les valences politiques et les possibilités sociales qu’on leur attache. Les CMI donnent la parole aux qualités polysémiques et protéiformes de ces artéfacts technologiques : la manipulation sociale contextualisée de la technologie dépasse parfois de beaucoup le rôle qui lui était prescrit, au départ, ou qui semblait hégémonique jusqu’à présent.
En, 1999, les temps étaient mûrs pour un réseau décentralisé de nœuds de médias indépendants. D’une certaine façon, les médias alternatifs virtuels et décentralisés avaient été en gestation pendant deux décennies. L’ère de « basse technologie » qui avait été celle des
BBS avait offert des milliers de journaux communautaires pour les utilisateurs qui se connectaient par modem sur leur forum favori. Vers le milieu et jusqu’à la fin des années 90, cette forme de télécommunication a été remplacée par plusieurs vagues déferlantes successives d’une mer démontée : l’Internet. Les forums
USENET ont permis à des communautés de style
liste de diffusion par mail de croiser les nouvelles et informations sur un centre d’intérêt particulier avec les commentaires critiques, d’où s’ensuivaient souvent de passionnants débats internes. Les journaux commençaient à publier des versions web de leur version papier, alors que plusieurs communautés web, comme
Slashdot, un site pour les
geeks [10] « recyclaient l’information ». Slashdot ne générait pas lui-même ses propres articles d’actualité mais publiait les liens vers des articles existant sur les technologies, la science ou le droit, de façon à ce que la communautés de ses lecteurs puisse aller plus loin, décortiquer et disséquer leurs significations. L’information, dans ce cas, c’était tout autant ces commentaires collectifs et transversaux que le point de vue fournit par un journaliste ou un journal. Dans les années 90, les informations était déjà en train de se détacher de leur canaux formel de diffusion journalistique, pour s’aventurer dans ces nouveaux espaces virtuels de liberté.
Des
geeks politiquement conscients, qui avaient grandi à l’époque des ordinateurs bon marché, de la programmation apprise en autodidacte à la maison, et des interactions virtuelles, ont choisi le
logiciel libre pour lancer le mouvement à l’origine de la prolifération des centres Indymedia. Les
listes de diffusion et l’
IRC – qui étaient tous les deux largement disponibles dans leurs version
logiciels libres à l’époque – furent les principaux outils de communication qui facilitèrent le dialogue entre les tech-
activistes dispersés qui mettaient en place les premiers centres locaux à Washington, Boston, Londres et Seattle. La poursuite, dans la rue, de l’expression vigoureuse de la contestation anti-
globalisation alimenta le désir et le besoin d’installer plus de centres. Des collaborations ad-hoc et des énergies charismatiques ont dirigé tactiquement une transformation de ce qui, au départ, était conçu comme un phénomène éphémère pour couvrir les manifestations lors d’un événement particulier, en un réseau de sites web permanents animés par des collectifs locaux affiliés.
Les premiers CMI ont été mis en place principalement par une poignée de techniciens bénévoles, complètement dédiés, qui ont travaillé main dans la main avec des individus qui voulaient créer leur nœud local. Certains de ces travailleurs de la technologie jouaient les « détectives », arrivant à trouver de l’espace libre ou des serveurs pas chers. D’autres étaient des installateurs, montant et adaptant des plateformes. Certains faisaient tout ça à la fois. En l’espace d’une année on vit apparaître un « groupe de travail » technologique légèrement plus formel, afin de coordonner les lourdes tâches techniques consistant à fournir, installer et maintenir des plateformes web de
Publication Libre, ainsi qu’une infrastructure de communication pour ce réseau en devenir. Ce groupe de travail se consacra à l’accomplissement de diverses tâches qu’il s’imposait à lui-même et menait à bien dans une autonomie relative. Comme l’exprime un ancien membre de ce groupe technique des CMI « Nous travaillions selon un principe que j’aime à penser comme le ‘consensus inverse’. On fait ce qu’il y a à faire, et on informe le groupe que ça a été fait. Si personne n’a un problème, on continue à avancer dans cette direction. Sinon on entre dans un processus plus formel de délibération. »
[11]
Quand les
activistes ont utilisé la technologie la première fois pour la
Publication Libre, ils sont allés chercher une infrastructure Internet existante et les outils proposés par un autre mouvement social relativement neuf, celui, « libéré », des
logiciels libres et
Open Source. Par exemple le premier outil de publication web,
Active, était une projet
open source pour la diffusion de
médias codé par des
hackers australiens. L’administration système et les outils Logiciels libres tels que le serveur web
Apache, le gestionnaire de liste de diffusion
GNU, et le système d’exploitation
Linux.
Sans aucun doute, le
logiciel libre a été un des principaux leviers et garde une présence importante dans le mouvement Indymedia. L’utilisation de logiciels propriétaires aurait entraîné des coûts prohibitifs pour une association constituée à 100% de bénévoles. Aujourd’hui, tous les logiciels du réseau des CMI sont, comme c’est inscrit dans la charte, des
logiciels libres, affirmant ainsi les affinités philosophiques entre les deux domaines pour ce qui est de la liberté d’accès et l’ouverture.
[12]. Le travail en commun et la coordination suivent les mêmes modes que les associations de bénévoles sur des projets
FOSS, et un certain nombre de
geeks passent avec fluidité d’un domaine à l’autre.
Malgré ces interconnexions et ces affinités, les objectifs politiques, philosophiques et techniques de ces deux mouvements divergent. Comme l’a fait remarquer à juste titre Mako Hill, un
activiste et un développeur qui connait intimement les deux mondes, « Chaque élément du logiciel CMI remplit la même fonction fondamentale – permettre à tout utilisateur d’Internet d’être pleinement
(empower) leur propre
médias – et chaque élément le fait en suivant un modèle extrêmement similaire »
[13]. Les moyens techniques sont mis au service de fins politiques. Un codeur et technicien du CMI a le sentiment que cet objectif technique bien défini évite bien des débats polémiques entre les programmeurs des CMI. Il explique très bien que, étant donné que le logiciel des CMI est un « marché étroit et bien défini »en comparaison avec celui des
FOSS, le débat entre codeurs des CMI est moins chargé. Comme il le dit carrément « si ça marche, on s’en sert »
[14]
Il y a cependant diverses opinions quand à la meilleure technologie pour atteindre ces objectifs politiques. Ce débat se reflète bien dans la diversité des outils de publication utilisés par les CMI. Les programmeurs ont fait un
« fork » d’
Active vers
SF Active afin de pouvoir utiliser une autre
base de données. Il est arrivé que des programmeurs d’Indymedia recréent un outil équivalent à partir de zéro, comme
Mir ou Dada, afin de satisfaire soit à des contraintes légales différentes, soit à des ambitions personnelles différentes pour la
Publication Libre. Le CMI allemand a, par exemple, pris l’initiative de
Mir pour se conformer aux lois allemandes plus restrictives en ce qui concerne
la liberté d’expression, et aussi pour l’expérience de concevoir une plateforme complètement neuve basée sur les leçons de deux années d’activité de publication en ligne avec Indymedia. Bien que ces projets ne soient pas en compétition, différents groupes techniques se sont mis en réseau autour de ces différentes plateformes, ce qui traduit une gamme d’approches différentes de la
Publication Libre, et ce qui donne aussi aux programmeurs l’occasion de travailler avec une variété de technologies et de langages de programmation.
[15]
Par rapport aux projets logiciels des CMI, l’objectif du
logiciel libre est de fabriquer toute une gamme d’applications de qualité, pour l’élaboration d’une technologie meilleure, dont les moyens soient étroitement imbriqués avec les fins. Pour faciliter la poursuite de la création de
logiciels libres, un engagement sous-jacent et légal permet de garantir que le modèle de ce logiciel,
le code-source, chacun peut librement y accéder et l’améliorer. Les développeurs de
logiciels libres considèrent souvent que l’expression de droits est essentielle pour assurer la croissance, la qualité et le progrès des connaissances. Ils attribuent aussi une très grande valeur à la production technique ouverte comme la voie majeure des activités créatrices et expressives. Ils pensent souvent la programmation comme un « artisanat attentif aux détails » et qu’en s’y livrant c’est un peu d’eux-mêmes qu’ils mettent dans les objets créés. Un développeur de
Debian [16] a capturé cet état d’esprit en disant « il est difficile d’enseigner au commun des mortels les valeurs du Libre. Il nous faut enseigner que le Libre est l’un des produits de la créativité du programmeur. Ils se sont mis au travail, il y ont mis de la créativité et ils y ont mis de la réflexion »
[17]. Au cœur de la philosophie et de la pratique du Logiciel libre il y a une foi profonde en la nécessité et la force de l’activité expressive qui émerge des profondeurs de l’individu.
Indymedia offre une vision de l’ouverture et de la
liberté d'expression différente de celle du
FOSS. Sa construction est l’expression de l’opinion selon laquelle la
liberté d'expression ne fait pas que découler de la loi qui la protège, ni même que la
liberté d'expression serait un droit qui doit nécessairement être placé au-dessus de tous les autres idéaux. L’expression et l’engagement politiques sont fondamentalement considérés comme des sous-produits de conditions structurelles et des effets invisibles de l’
idéologie. Un
activiste d’un CMI faisait le constat suivant : bien que les centres locaux et les individus « ont des croyances différentes à propos du caractère sacro-saint de la
liberté d'expression », beaucoup de CMI ont traversé une phase de « maturation de cet idéal de la
liberté d'expression ».
[18] D’une certaine façon, on pourrait voir cette maturation comme une réalisation fournissant une réponse partielle à
Marcuse à propos de sa fameuse critique, acérée et qui a eu son influence, dans
Repressive Tolerance [b3] [t8].
Marcuse note que la
liberté d'expression a autant à voir avec l’accès aux ressources économiques qu’avec la protection accordée par la loi. « Le changement dans la possibilité d’influencer la majorité avec quelque degré d’efficacité, cela a un prix, en dollars, qui est tout à fait hors de portée de l’opposition radicale. Là aussi, pour accéder à la liberté de concurrence et au libre commerce des idées, il faut payer le ticket. La gauche n’a pas voix égale, n’a pas accès égal aux médias de masse et à leur moyens publics » (1965 :199)
[b3].
La position actuelle d’Indymedia est celle d’un engagement pour la
liberté d'expression qui n’est pas absolument sans compromis. Au lieu de ça, Indymedia cherche à restructurer le paysage en offrant une plateforme pour l’« égalité des voix ». Les CMI modifient les conditions structurelles en établissant les fondations, sous la forme de technologies, de « moyens publics » permettant « le changement dans la possibilité d’influencer ».
II. MOUVEMENT DANS LE TEMPS : LES QUATRE PILIERS DE L'INDEPENDANCE
« Quels sont les buts à long terme d’Indymédia ? C’est une grande question, à laquelle chaque organisateur d’Indymédia répondrait certainement de façon différente ». Extrait de
la Foire aux Questions du CMI
(IMC Frequently Asked Question – FAQ)
Comme l’indiquent les «
Questions et Réponses », les militants d’Indymédia ont sans doute des motivations différentes. Malgré cette hétérogénéité, chaque collectif partage des listes de diffusion, des tâches, des travaux,
un logo semblable, et même une culture politique – bien que pas complètement unifiée – qui a émergé petit à petit à travers le temps. Le premier
CMI de Seattle a publié un énoncé de mission succinct, mais fort, qui trouve de l’écho chez les autres
activistes qui créent de nouveaux CMI :
« Le Centre des médias indépendants est une organisation de base
(grassroots) qui s’engage à se servir de la production et de la diffusion de médias pour promouvoir la justice économique et sociale. Notre but est de faire progresser l’autodétermination des gens qui restent sous-représentés dans la fabrication et dans le contenu des médias, et de clarifier et d’analyser les questions locales et globales qui ont un impact sur les écosystèmes, sur les communautés et sur les individus. Nous cherchons à générer des alternatives aux partis pris inhérents aux médias d’entreprise contrôlés par le profit, et à identifier et créer des modèles positifs pour une société durable et équitable. »
[19]
Cet énoncé de mission peut être considéré comme le noyau d’une sensibilité politique que les militants ont transformé en une formulation plus détaillée et plus forte, leurs «
Principes d’Unité ».
[20]. Cette codification va bien au-delà d’un affichage d’aspirations et d’identité politique, mais se veut plutôt la base d’une pratique. Par exemple, l’accès public aux archives des listes de diffusion, un guide approfondi de documentation, et un engagement en faveur des
logiciels libres (
« Free and Open Source »)concrétisent cet engagement en faveur de la transparence, alors que par ailleurs la notion d’accessibilité rend obligatoire l’utilisation de la
Publication Libre (
« open publishing ») et l’utilisation de logiciels faciles à utiliser.
Néanmoins, Indymédia renvoie à un idiome
[t13] politique plus difficile. Afin de commencer à comprendre ce langage, je trouve utile de décortiquer un de ses termes les plus ordinaires, « indépendant », qui est la locution la plus souvent associée au mouvement. Au contraire du terme « liberté », associé aux
logiciels libres et qui requiert une association « d’agents libres » orienté vers l’obtention de leurs droits d’expression pour la création et la pédagogie, « l’indépendant » du CMI fait remonter à la surface une gamme de sensibilités et de possibilités politiques quelque peu différente. Le changement social, une audience plus large, la solidarité et la justice sont quelques-uns des aspects de ce terme d’indépendance. Je vais maintenant me concentrer sur quatre de ces associations.
L’indépendance recouvre au moins quatre évaluations distinctes mais articulées entre elles – chacune étant incorporée dans les
Principes d’Unité des CMI. Chacun des sens donnés au terme d’indépendance énonce également des « points de tensions » à l’intérieur d’Indymédia, révélant un des obstacles les plus fondamentaux et les plus épineux de tout projet politique radical et réformiste – l’équilibre entre les idéaux et les approches pragmatiques visant à incorporer ces idéaux dans un contexte fait de voix multiples, de différences culturelles, de contraintes matérielles, de besoins locaux, et – aussi ironique que ceci peut sembler – d’idéaux différents. Cet exercice d’équilibriste est plus difficile pour Indymédia étant donné sa nature hybride, duelle, alors qu’il se construit entre le local et le global, ainsi qu’entre le virtuel et le physique.
Un sens du mot est « l’indépendance de l’influence extérieure », ce qui est expliqué clairement dans les « Questions et Réponses » : « Nulle entreprise n’est propriétaire d’Indymédia, aucun gouvernement ne gère l’organisation, aucun donateur unique n’a financé les projets, Indymédia n’est le porte-parole d’aucun parti ni d’aucune organisation politique »
[21]. Il y a un désir général fort qu’Indymédia reste aussi indépendant que possible du contrôle et des influences de forces externes. La prise de décision, la création du contenu, et les visions politiques doivent être générées « de l’intérieur » et « d’en bas ». Jusqu’à présent, Indymédia a cherché à maintenir cette indépendance à travers, entre autres, le bénévolat. L’organisation fonctionne principalement grâce au travail bénévole assisté par divers dons qui prennent la forme d’argent, de matériel informatique et de
bande passante [22].
Néanmoins, cet engagement à se tenir à distance des rapports d’argent et d’autres relations extérieures n’a pas été sans controverse. Il a été récemment contesté mais réaffirmé de façon informelle suite à un débat polémique entre les acteurs locaux et globaux sur l’idée d’accepter de
l’argent de la Fondation Ford, une fondation américaine dont l’histoire politique pose problème à de nombreux militants des CMI
[23]. Finalement, c’est l’injonction « de la base » qui a prévalu, rejetant toute infusion de millions de dollars, qui auraient pu servir à financer des salaires, des équipements d’infrastructure et des conférences, maintenant l’essentiel du réseau Indymédia largement à l’écart des canaux d’échange économiques et monétaires.
Un militant italien a considéré que les différences culturelles sur le rôle et la perception de l’argent dans les différentes sociétés a pu jouer un rôle dans ce débat. Il a expliqué que les Américains, qui ont été le principal fer de lance de l’initiative du CMI, sont peut-être plus désensibilisés à l’argent puisqu’il y a « beaucoup plus de transferts d’argent aux USA que dans certains autres pays »
[24]. Il a suggéré que les Américains ont probablement « une idée plus aseptisée de l’argent », alors que « dans certaines autres régions ils en ont une idée plus profonde, qui comprend non seulement l’argent comme moyen d’échange matériel, mais aussi comme véhicule de relations sociales ». En tant que tel, accepter de
l’argent de la Fondation Ford, même si à priori il n’y avait pas de conditions, « aurait obligé [Indymédia] à avoir une relation avec
Ford. » Un élément fascinant de cette analyse n’est pas tant qu’elle puisse être corroborée ou non, mais qu’elle représente avec précision des perceptions culturelles non écrites qui s’immiscent dans les jeux politiques derrière la face globale du CMI, même s’il y a des efforts pour les mettre entre parenthèses
[25].
Le deuxième sens « d’indépendance » est un engagement à garder l’autonomie locale des Centres de Medias Indépendants. Dans ce cas, la menace potentielle ne vient pas de la sphère externe des entreprises et des gouvernements, mais plutôt d’un déséquilibre interne de pouvoir qui se révélerait au sein des différentes facettes globalisées d’Indymédia. Les groupes de travail globaux détiennent un haut degré de savoir technique et de pouvoir dans la prise de décision. Les centres locaux peut être obligés de suivre des décisions prises par des techniciens appartenant à d’autres groupes globaux. Ainsi, une des ironies d’Indymédia est que ses modes de fonctionnement virtuels et globaux sont déjà largement en place (on pourrait dire entièrement), et ce sont ceux-là mêmes qui rendent possible le travail au niveau local. Néanmoins, il y a toujours un danger persistant d’interférence globale par inadvertance, domination, et confusion – une conséquence de la nature hybride d’Indymédia et de la concentration de savoir-faire techniques et tacites entre les mains d’acteurs globaux.
Divers garde-fous ont été institués afin d’atténuer ce problème potentiel, tel que la création d’une fonction de liaison qu’une personne au moins doit remplir dans chaque CMI. Les liaisons sont des points qui relaient l’information pour que les membres des collectifs locaux soient informés sur les événements globaux. La personne en charge de la « liaison » ne peut procéder à la prise de décision globale que lorsqu’elle est soutenue à ce sujet par son groupe local. D’autres procédures, tel qu’
un projet approfondi de documentation, ont été mis en œuvre pour servir d’intermédiaire entre les facettes locales et globales d’Indymédia. La tension entre courants locaux et globaux à l’intérieur d’Indymédia ne sera peut-être jamais résolue, mais il y a des efforts continuels pour aborder les points potentiels de conflit que révèle l’exercice de mise en équilibre de ces deux gammes de réalité différentes à l’intérieur du réseau.
De plus, des tensions entre la facette globale du CMI et l’autonomie des centres locaux reflètent les disparités entre le Nord global et le Sud global. Les
activistes du Nord (les Etats-Unis et l’Europe, en particulier), ont souvent accès à plus d’argent et plus de ressources techniques, ainsi que plus de liberté de mouvement sur le plan politique. A cause de la concentration de ces ressources au Nord, il y a une crainte que la prise de décision globale et la représentation du CMI auprès de publics plus larges suivra également cette division structurelle en faveur du Nord. Un militant d’un CMI considère qu’il est nécessaire que « les militants dans les pays plus riches soient conscients de cette division, pour qu’ils n’exploitent pas ce privilège qui est le leur, mais plutôt pour qu’ils l’utilisent dans le but de corriger cette inégalité. Néanmoins, les avis divergent sur la façon de mettre ceci en œuvre sans imposer un paternalisme
néocolonial » (26).
Le troisième sens renvoie à un désir d’assurer l’indépendance du contenu. Indymédia compte fortement sur le concept de
Publication Libre, se définissant en opposition au contenu fourni dans les médias dominants, ainsi que dans les médias davantage orientés vers le public, telle que la Radio Publique Nationale
(National Public Radio) [t10] – qui acceptent tous deux la publicité pour se financer
[27]. Un militant de base de Los Angeles a expliqué que l’indépendance du CMI concerne « la couverture à la fois de ce qui n’est pas couvert par la presse dominante et aussi les problèmes de censure à l’intérieur de la presse dominante »
[28]. Un processus de prise de décision centralisé au niveau national sur les questions éditoriales est découragé, en faveur une structure transparente, à la base, qui permet aux nouvelles d’être générées par les centres locaux sans encombre. Dans ce processus, la présomption usuelle de l’objectivité totale du journalisme traditionnel est remise en cause.
Ce qui suit est une description de la
Publication Libre dans sa forme la plus idéale :
« La
Publication Libre veut dire que le processus de création d’informations est transparent pour les lecteurs. Ils peuvent rédiger un article et le voir apparaître instantanément dans le fil d’actualité accessible au public. Ces articles sont filtrées aussi peu que possible afin d’aider les lecteurs à trouver les articles qu’ils veulent. Les lecteurs peuvent voir comment les décisions éditoriales sont prises par d’autres. Ils peuvent voir comment s’impliquer et aider à prendre ces décisions éditoriales… S’ils veulent rediffuser les informations, ils peuvent le faire, de préférence sur un site de
Publication Libre »
[29].
Les sites web des CMI partagent un engagement en faveur de la
Publication Libre. Ils ont également une approche commune vis-à-vis de l’esthétique, des possibilités techniques et des façons d’envoyer une information qui ressemble à celle des grands sites de
hackers, comme
Slashdot et
Kuro5hin. De tels sites ont, sous beaucoup de rapports, changé des présupposés fondamentaux sur les médias, en redessinant les règles tacites du reportage journalistique
[30]. Une de leurs contributions les plus innovantes a été de rendre floue la division stricte entre « consommateur » et « producteur » qui est fondamentale pour le journalisme traditionnel. Indymédia va plus loin dans ce sens, en faisant table rase de cette opposition binaire, quasiment entièrement. Les informations sont généralement « faites maison » par des individus, qu’ils soient membres ou non des collectifs, et elles sont produites sur des supports médias divers – articles textuels, radio, vidéo, et photos. Les producteurs et « consommateurs » des informations publiées par les CMI se confondent en une même communauté étendue.
Néanmoins, comme nous avons déjà indiqué, Indymédia n’est pas une cacophonie où passerait tout et n’importe quoi, même si cette tendance pourrait être valorisée, voire même idéalisée. Malgré un engagement bricoleur
(DIY) radical, dans lequel les individus trouvent en eux-mêmes la force d’être et de faire l’information, le « triage » éditorial existe pour répondre aux
Principes d’Unité locaux et globaux des CMI. Les idéaux d’un type d’indépendance sont modifiés afin de satisfaire à d’autres buts dans cette organisation.
Les membres des collectifs éditoriaux modèrent les sites IMC afin de les purger des envois commerciaux ou répétés, de ranger les articles sous les catégories appropriées (articles principaux, informations locales, etc.) et si le contenu est considéré comme problématique (comme des appels à la haine), le reléguer vers une autre section du site (qui est toujours accessible à tout le monde). Le collectif de
San Francisco Bay Area fournit l’explication qui suit pour cette forme limitée de hiérarchie du contenu et de censure partielle :
« Le CMI de
San Francisco Bay Area est fondé sur le principe de la
Publication Libre. La réalité impose que le collectif éditorial doive parfois décider de cacher des articles et des commentaires. Ceci n’est cependant pas une décision que l’on prend à la légère, et le collectif éditorial fait de son mieux pour se retenir de cacher. Notre vision du fonctionnement du fil d’actualité, et le cadre général dans lequel toutes les décisions de cacher seront prises, sont les suivantes : le fil d’actualité est censé être un média à disposition de la communauté, un espace sans «
spam » et sans invectives en général ; et cet espace ne contribuera pas à l’oppression de groupes traditionnellement opprimés et marginalisés »
[31].
Cette longue explication nous mène à la dernière interprétation du mot « indépendance » pour Indymédia, invoquant son sens le plus étendu, celui de transformation politique. L’indépendance de cette zone de démarcation de médias est un moyen de réaliser l’indépendance sociale en donnant une voix et une image aux formes d’oppression, de domination, et son pendant, la dissidence. Indymédia représente beaucoup moins un engagement à réformer les « normes professionnelles et éthiques » du journalisme ou les idéaux d’une
liberté d'expression sans jugement, qu’un moyen d’utiliser les médias et l’expression de la base pour réaliser une émancipation
(empowerment [t15]) politique et le changement. Comme un
activiste l’a expliqué de façon simple, « le propos d’Indymédia est celui d’une lutte pour la justice sociale et économique »
[32].
Le contenu et le sens précis de « justice » sont, sans surprise, sujets à un débat sans fin. Chaque collectif a dessiné son propre paysage. Le parfum politique particulier de chaque centre local dépend de nombreuses facteurs, comme le statut politique national, la localisation géopolitique, l’histoire et la force du militantisme dans la communauté, l’accès aux ressources physiques comme un local et des ordinateurs, et d’autre contingences. Les individus membres d’un collectif sont également motivés par différentes questions politiques (comme le
militarisme, le
colonialisme,
l’environnement,
l’anticapitalisme,
le racisme, l’agriculture,
les OGM, la
globalisation, etc.), et affirment toute une gamme de tendances ou d’affiliations politiques (démocratie libérale, anarchiste, socialiste…)
[t11], même si tous sont situés fortement à l’extrémité gauche du spectre des sensibilités politiques.
Au début de cette section j’ai distingué « l’indépendance » du CMI de la « liberté » des
logiciels libres, pour décortiquer les sens multivalents et historiquement spécifiques compris dans le terme « indépendant ». Malgré cette distinction, je voudrais souligner leurs similitudes. Un des éléments politiques les plus significatifs partagé par les deux mouvements sociaux est celui « d’autonomie collective ». Les participants dans chaque mouvement ont créé avec succès des projets bénévoles de grande envergure, basés sur le droit de s’associer et de produire sous des conditions juridiques et sociales dictées par eux-mêmes. Les développeurs de
logiciels libres étendent des traditions d’ingénierie qui impliquent la construction sur la base du travail des collègues, sans les impératifs d’incitation et de récompense décrétés par les régimes de la propriété intellectuelle et du profit capitaliste. Les
activistes d’Indymédia construisent sur les technologies et méthodologies des
logiciels libres et les développent afin d’affirmer les principes de
Publication Libre, dans le but d’aider à construire une société plus juste.
En résumé, la liberté et l’indépendance reflètent le fait que les participants des deux communautés construisent et orientent les valeurs et buts de leurs projets respectifs. Tous deux communiquent un message politique fort qui conteste le « culte des experts » et le raisonnement basé sur le profit qui impulse la production de la technologie, de la culture, et de l’information. Si nous prenons une définition remarquable de la politique et de la liberté comme étant « la liberté de décider (collectivement ou individuellement) ce qui fait que la vie vaut d’être vécue » (Graeber 2001 : 88)
[b1], alors les domaines d’Indymédia et des logiciels libres sont tous deux reliés intimement par un engagement à cette forme politique.
III. UN SUCCES DE SON TEMPS: LES PROCESSUS DE PERSONNIFICATION ET DE DE-PERSONNIFICATION DES CONNAISSANCES
Vu l’étendue extraordinaire des localisations géographiques et intérêts politiques des militants et collectifs d’Indymédia, son succès est pour le moins étonnant. Il devrait, au moins, nous pousser à nous interroger sur les conditions qui ont permis que des formes d’unité et de cohésion aient pu s’établir, malgré la différence politique, la dispersion géographique, le manque de ressources, les différences culturelles et la prolifération explosive des centres.
Une partie de la réponse est dans deux processus contraires mais connectés entre eux qui furent institués afin de combattre les problèmes liés à l’échelle et à la croissance. L’un est l’
acculturation, ou le processus par lequel des nouveaux membres sont socialisés dans le milieu sociopolitique et organisationnel d’Indymédia. Evidemment, la socialisation n’est jamais complète ; elle se passe pendant le processus de participation. Mais ici je focaliserai sur une situation cruciale : le Processus (pour la création de) Nouveaux CMI (
« New IMC Process – NIP »)
[t12]. Le NIP est une procédure par laquelle un nouveau CMI est créé et intégré dans le réseau. Le NIP est un exercice de pédagogie éthique et culturelle central qui n’a pas forcément été complètement partagé avant l’entrée dans le réseau. Ce « point d’entrée initial » est censé assurer un degré d’uniformité dans la gouvernance, cultiver la confiance, et présenter aux membres potentiels le fonctionnement labyrinthique d’Indymédia.
Le second processus – un élément du premier, mais basé sur une dynamique différente – pourrait être appelé la « dé-personnification de la connaissance ». La première année de l’existence d’Indymédia, de nombreuses formes de connaissances (allant de l’administratif au technologique) existaient seulement dans les actions et les esprits des bénévoles. La seule manifestation matérielle de cette connaissance était dispersée dans des milliers de
mails ou exprimée de façon éphémère dans des conversations sur
IRC.
Les projets de documentation d’Indymédia, qui reflètent un effort pour transformer les connaissances implicites en une base codifiée et accessible, sont parmi les conditions nécessaires qui ont rendu possible le NIP.
La mise en place de ces deux processus a été essentielle à la survie de ce mouvement, qui a eu quelques douleurs de croissance alors qu’augmentaient les demandes de création de nouveaux sites web pour les CMI locaux. Dans la première période, le processus suivi par le groupe de travail technique pour établir de nouveaux centres a été très informel, répondant généralement à une demande par
mail pour un nouveau CMI. Ce fut une période charismatique et informelle dans le sens le plus pur. Très rapidement, il apparut que ce style de fonctionnement ad-hoc avait de sérieuses limitations, particulièrement au moment où Indymédia croissait en terme d’effectifs sans un accroissement adéquat des ressources technologiques et humaines. Le groupe de travail technologique était déjà surchargé, et comme l’a expliqué l’un des membres, il était « mal à l’aise avec l’idée de prendre des décisions d’importance globale »
[33]. Rapidement, il fut clair qu’un changement était nécessaire.
Une première tentative de solution est toujours accessible sur le site
« processus du centre de média indépendant ». Ce site s’ouvre par un exposé sur les dangers de la stagnation organisationnelle : « Indymédia a accompli beaucoup depuis que le CMI Seattle est né en novembre 1999, mais si nous voulons continuer à nous développer en tant que réseau international, nous devons réfléchir et prendre conscience de notre façon de nous organiser. »
[34]. Les directives de base de ce premier processus sont devenues le processus plus détaillé et nuancé du Process Nouveau CMI (NIP). Le NIP concerne aussi bien l’introduction et l’incorporation d’
activistes dans des modes spécifiques de collaboration politique dans un réseau hybride, que la facilitation du travail et l’économie dans un contexte où les ressources sont rares.
Une fois de plus, de façon hautement réflexive, le site web explique comment ce processus organisé atteint des buts « décentralisés ».
« La capacité du réseau à résister, en tant que système, à des prises de pouvoir systémiques abusives est directement liée à notre capacité à créer des structures décentralisées. Notre capacité à être à la fois souples et unis a fait ses preuves. Néanmoins, afin que la collaboration ait lieu à travers tout le réseau, on ne peut souligner assez qu’il doit exister une série de directives et un processus avec lequel nous sommes tous d’accord pour travailler »
[35].
A un certain degré, Indymédia choisit ses propres participants. Les Jeunes Républicains de Iowa City ne sont pas des candidats susceptibles de vouloir créer une branche locale. Néanmoins, il existe une pluralité si grande, parmi les éléments progressistes, de gauche et radicaux membres des CMI, qu’Indymédia a dû réfléchir à la façon d’intégrer la différence dans le réseau. Sachant cela, le NIP a été créé pour être assez large afin de satisfaire toute la gamme politique, mais en même temps il a été circonscrit pour pouvoir freiner les bruits « potentiels » d’interférence qui auraient pu s’ensuivre sans ces dispositions. Ils ont également dû être assez souples pour permettre à des collectifs de choisir leur propre sort, mais souples seulement sur des paramètres qui ne risquaient pas de saper le réseau proprement dit.
Leurs
Principes d’Unité et les
nouveaux critères d’adhésion sont considérés comme les chartes qui permettront de forger un équilibre délicat entre unité et autonomie. Les
nouveaux critères d’adhésion fonctionnent en alignant les centres locaux sur les
Principes d’Unité. La toute première condition spécifie que les CMI locaux doivent accepter « l’esprit » des
Principes d’Unité. Néanmoins, les directives qui suivent ont été écrites de façon à ce qu’« accepter l’esprit » se transforme en la nécessité d’accepter certaines modalités spécifiques. Pour atteindre ce but, on oblige les centres locaux à écrire un exposé de la mission de leur centre, à adopter un processus de prise de décision consensuel, à satisfaire aux demandes d’ouverture et de transparence dans leurs politiques éditoriales, et à accepter de tenir des réunions ouvertes, entre autres.
Satisfaire à ces dispositions n’est pas seulement une question de quelques jours de travail administratif. Cela peut demander plusieurs mois de travail difficile – qui va de l’apprentissage de la base philosophique et labyrinthique de la prise de décision consensuelle, à former des liens avec des techniciens sur
IRC afin d’avoir une aide technique, à décider des points spécifiques d’un exposé de mission du centre local. Pour ceux qui n’ont pas d’expérience du consensus, la création d’un exposé de mission commun permet au groupe d’expérimenter et de faire, de première main, l’expérience de ce processus.
Le NIP est un processus pédagogique fondamental pour la formation de l’identité. C’est pendant cette période, lorsque les groupes locaux commencent à cultiver une conscience d’eux-mêmes comme « collectif de média », et qu’ils apprennent un nouveau vocabulaire politique et technique, que des corrélations morales sont faites. Elles concernent en l'occurrence l’assistance mutuelle, la collaboration ouverte, le partage de ressources, le changement social positif, le respect, et des formes de coordination non-hiérarchisées. Pour de nombreux groupes, cette période peut être assez frustrante mais elle est quasiment toujours productive. Lorsqu’un nouveau centre est établi, le collectif local connaît généralement plus sur lui-même, sur Indymédia, les processus politiques de consensus, et les technologies du web qu'au démarrage du processus. Les membres du collectif ont normalement rencontré virtuellement et interagi avec les membres du réseau des CMI. Ceci est précisément un des buts du NIP. Il aide à renforcer la confiance et l’investissement dans la communauté qui, comme on l’espère, se traduiront par la durabilité des nouveaux centres. Ceux-ci doivent être à la fois engagés en faveur de leurs propres buts en tant que collectifs, et investis dans le réseau lui-même.
Ce processus n’est pas sans difficultés. Le premier organisateur du CMI de Puerto Rico décrit le processus comme étant à double tranchant. En ce qui concerne les points positifs, le processus n’est ni trop formalisé ni linéaire. Ainsi, « vous devez lire les archives des listes de diffusion, visiter
le Twiki, aller voir l’enchaînement des discussions sur
IRC, contacter les personnes par email pour leur poser des questions. Ceci engendre une intimité avec le projet »
[37] – qui force à « creuser plus profondément » Indymédia. Néanmoins, le temps et l’effort que ce processus laborieux implique peut être « décourageant pour certaines personnes qui n’ont ni le temps, ni la capacité, ni les connaissances » pour aller au bout de ce processus. Malgré le fait que le Centre IMC de Puerto Rico a finalement pu comprendre la notion de consensus, l’organisateur considère que le consensus est quelque chose de « très difficile à expliquer et à apprendre à travers l’Internet. »
La documentation est un facilitateur majeur pendant la période difficile d’entrée et d’intégration au réseau Indymédia. On pourrait la considérer comme un élément insignifiant et épiphénoménal des politiques d’Indymédia – particulièrement en comparaison à son côté « innovateur » et technologique. Mais, en fait, le rôle de ces pages et pages de textes très organisées est parfaitement signifiant. Tout comme les serveurs et d’autres technologies qui fonctionnent comme la tuyauterie interne derrière les sites web, la documentation est une ressource qui, si elle est bien organisée, facilite largement l’organisation et l’activité politique, particulièrement pour les projets tels qu’Indymédia qui ont une nature tellement réticulaire et étendue qu’elle échappe souvent à la catégorisation à première vue.
Les catégories suivantes d’information sont actuellement compilées dans
« Le Projet de documentation » sur le Wiki, accessible et modifiable par tous les membres :
« Documents sur le processus, propositions et comptes-rendus de réunions
Meilleurs pratiques et guides généraux
Travail en cours
Discussions et comptes-rendus de discussion
Tout ce qui nous aide dans notre travail »
[38]
Le projet de documentation CMI est dans la suite d’une longue histoire de documentation ouverte sur l’Internet. D’une certaine façon, l’Internet est un projet gigantesque de méta-documentation – son développement à ses débuts étant engendré largement par le processus de standardisation, à travers la collecte des besoins techniques par
la Demande de commentaires (« Request for comments – RFC »). Publié pour la première fois en 1969, le processus RFC est devenu une compilation massive de plus de 2500 mémos et documents techniques sur les réseaux informatiques, édité par
Jon Postel pour les premières 28 années. La richesse des informations publiées a été essentielle pour la création des normes ouvertes qui caractérisent l’architecture de l’Internet. Cet héritage peut aussi être vu dans la documentation publique pour les projets de
logiciels libres, qui s’appuient sur des archives accessibles afin de promouvoir la réalisation et le futur développement de technologie basée sur les
logiciels libres.
Pour le CMI,
la documentation est une technologie de
la transparence ; et elle est aussi la médiation qui est essentielle pour qu’une organisation reste vivante et continue à croître, particulièrement une organisation qui est tiraillée dans de multiples directions. Bien que le travail de documentation ne soit pas aussi dramatique que la stabilisation de serveurs pendant des périodes de manifestations de rue, il reste une véritable expression de l’assistance mutuelle. Il donne aux membres potentiels et actuels un axe à la fois pragmatique et malléable qui leur permet de rentrer dans le réseau, de rendre plus facile le travail, et de faire leurs propres contributions à la culture politique et organisationnelle toujours variable d’Indymédia.
CONCLUSION : L’avenir nous le dira
« C’est un travail en cours, et la création d’une culture de démocratie, auprès de personnes qui n’ont qu’une expérience limitée de telles choses, est nécessairement douloureuse et inégale, pleine d’obstacles et de débuts difficiles. »
[39]
Dans un article récent sur les nouveaux mouvements sociaux de haute technologie comme ceux des
logiciels libres et Indymédia, Jaime King
[b2] explique de façon convaincante qu’un engagement en faveur de l’ouverture n’assure pas automatiquement que la formation de hiérarchies, de censures, et d’autres formes de coercition subtile, qu’il appelle des « crypto-hiérarchies », sera bloquée. Il suggère qu’un discours d’ouverture peut rendre ces groupes plus sujets à des impulsions anti-démocratiques douces mais pernicieuses. Bien que ses prévisions sur les dangers d’un « mentalité de groupe » comportent des points valables, King échoue à dépeindre comment les participants des mouvements pour les
logiciels libres et Indymédia ont tenté de façon réfléchie à rendre praticable une vision particulière, une dynamique
dialogique qui ré-évalue les aspirations
[40]. Son analyse de la
rhétorique, en d’autres termes, manque d’une analyse de leur pratique en même temps incarnée et matérialisée, qui a varié de façon dramatique au cours de ces dernières années.
Bien que les idéaux correspondent rarement à la réalité, les militants d’Indymédia ont travaillé depuis quatre ans avec un degré remarquable de diligence et de conscience pour réaliser matériellement une pratique politique, tout en créant et en diffusant des informations. Il faut également se rendre compte que la nature de la politique est telle qu’elle doit toujours se tailler un territoire spécifique de possibilités dans une pièce d’étoffe qui était plus grande au départ. Le succès politique s’ensuit souvent en jouant et réexaminant un territoire circonscrit de possibilités, plutôt que d’aspirer à établir chacune d’elles. Bien qu’Indymédia utilise des images et la rhétorique de l’ouverture, il a également tenté d’expliciter sa signification politique et de délimiter un champ potentiel dans des formes d’action qui peuvent être mises en pratique, et sont, nous l’espérons, durables. L’avenir présentera des défis nouveaux pour la durabilité qui certainement rendront nécessaires d’autres formes innovatrices du processus organisationnel. De nombreux militants m’ont parlé des problèmes liés à « l’usure » des bénévoles, la difficulté d’intégrer de nouveaux membres dans un collectif établi (surtout les travailleurs technologiques), et les politiques subtiles qui résultent de la différence culturelle.
Néanmoins, aujourd’hui, Indymédia a réussi à rassembler avec succès un groupe d’acteurs disparates aussi bien culturellement, linguistiquement, géographiquement que politiquement, acteurs qui autrement seraient certainement restés largement isolés, plutôt que renforcés par le pouvoir engendré par les interconnexions en réseau. Etant donné le penchant pour la discussion et la dissidence dans la gauche radicale, ceci est d’autant plus étonnant. Cela s’est été réalisé dans le temps, petit à petit, et littéralement grâce au temps. Des milliers de bénévoles ont donné gracieusement de leur temps pour construire ce qui est devenu un regroupement de centres de médias stables (bien que toujours en mouvement).
Certains peuvent penser que les dynamiques de changement que j’ai décrites dans ce commentaire sont un processus organique d’évolution. Bien que je préfère clairement retenir l’idée d’un changement qui s’est effectué dans le temps, je laisser volontiers aux biologistes les métaphores biologiques. Ces images naturalisent et
téléologisent des produits tout à fait sociaux et historiques du travail humain et de la délibération dans le contexte de possibilités et contraintes historiques. Il n’y a rien d’évident, d’essentiel ou d’apparent dans ce qui s’est passé avec Indymédia. Un idiome
[t13] éthique et ses
politiques ne sont jamais garanties (même quand, même si elles sont mises en mouvement), ils doivent au contraire toujours être construits et recommencés.
Biella Coleman
Œuvres citées :
[b1]
§ Graeber, David 2002 "The New Anarchists" in the New Left Review 13,
http://www.newleftreview.net/NLR24704.shtml
2001 {Toward an Anthropological Theory of Value}. New York: Palgrave.
[b2]
§ King, Jaime 2004 {The Packet Gang}.
http://www.discordia.us/scoop/story/2004/ 2/18/153734/296
[b3]
§ Marcuse, Herbert 1965 "{Repressive Tolerance}" in A Critique of Pure Tolerance. Edited by Robert Paul Wolff, Barringtin Moore Jr. and Herbert Marcuse. Boston: Beacon Press. Voir [t8]
[b4]
§ McChesney?, Robert and John Nichols 2003 "{The Public Revolts Against Monopoly Media}" The Nation. Vol 277 (16)11-16.
[b5]
§ Mitchell, Zoe 2002 {A Critique of Consensus Process}.
http://zoemitchell.com/thesis.pdf
[b6]
§ Polyani, Karl 1944 {The Great Transformation}. Boston: Beacon Press.
[b7]
§ Robins, Kevin and Frank Webster 1999 {Times of Technoculture}. New York and London: Routledge.
[b8]
§ Terranova, Tizinia 2000 "{Post-human Unbounded: Artificial Evolution and High-Tech Subcultures}" in {The Cybercultures Reader}. Daniel Bell and Barbara Kennedy (eds). New York and London: Routledge.
Notes de Biella Coleman
1ère Partie
[1]
§ J’aimerais ici remercier les
activistes d’Indymedia qui ont passé des heures à m’apprendre le fonctionnement complexe d’un CMI [t1]. Dans cet article, leurs identités ne sont pas dévoilées afin de protéger et respecter leur vie privée. Ces remerciements j’aimerais également qu’ils soient partagés avec ceux sur {(l’
IRC)} #techfed qui m’ont aidé à rester saine d’esprit. En particulier DMH et Hacim Tortuga pour que mon esprit et mes pensées vagabondes restent concentrés et sous contrôle., chose qui n’a pu être accompli que grâce aux avis éclairés et aux corrections de Ken Jordan.
[2]
§ http://indymedia.org/en/index.shtml
[3]
§ McChesney? and Nichols, 2003 – voir [b4]
[4]
§ Il s’agit là des “quatre libertés” à la base de tout
logiciel libreet “open source”. Voir la « définition du
logiciel libre » à
http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.html {(ndt voir également, en français, le 1er paragraphe « définition » de
http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_libre)}
[5]
§ Par exemple si les CMI n’avaient pu s’appuyer que sur des logiciels propriétaires pour faire tourner leurs sites, les coûts se seraient élevés en centaines de milliers de dollars.
[6]
§ Pour être clair, l’idée derrière le CMI n’est pas apparue avec le CMI de Seattle, mais a été influencée par une longue histoire de projets de medias
activistes dans le contexte d’une opposition {(dissent)} politique comme par exemple les protestation anticapitalistes du 18 juin qui avaient précédé Seattle.
[7]
§ http://depts.washington.edu/wtohist/interviews/Perlstein.pdf {(ndt extrait de « The WTO History Project »
http://depts.washington.edu/wtohist/index.htm)}
[8]
§ citation de
http://www.presscampaign.org/articles_7.html
[9]
§ pour une approche classique de cette prise de position voir Terranova 2000 {(ndt : Tiziana Terranova. Post-Human Unbounded: Artificial Evolution and High-Tech Subcultures. In Bell and Kennedy, editors, The Cybercultures Reader. Routledge, London, 2000.) et Webster et Frank 1999 ([Robins, Kevin and Frank Webster (1999) Times of the Technoculture. New York: Routledge.->
http://www.gseis.ucla.edu/courses/ed253a/kellner/dkrandw.html])}
Voir [b8]
[10]
§ http://slashdot.org
[11]
§ Interview du 12 avril 2004.
[12]
§ Ceci est inscrit dans les
Principes d’Unité, paragraphe 9 : « Tous les CMI s’obligent à utiliser des logiciels au code source libre, partout où c’est possible, afin de développer l’infrastructure numérique tout en renforçant l’indépendance du réseau en ne s’appuyant pas sur des logiciels propriétaires ». Il faut cependant mentionner que beaucoup de centres locaux continuent d’utiliser des logiciels propriétaires sur les ordinateurs de bureau, même si de nombreux centres ont poussé le mouvement jusqu’à remplacer les logiciels du poste de travail par des
logiciels libres.
[13]
§ voir
http://yukidoke.org/~mako/writing/mute-indymedia_software.html. Cet article fait un examen complet et approfondi des différentes plateformes web utilisées et programmées par les collectifs techniques des CMI et les objectifs politiques distincts codés dans ces différents éléments de logiciel des CMI.
[14]
§ interview par
Internet Relay Chat 16 april 2004.
[15]
§ Voir
http://docs.indymedia.org/view/Devel/WebHome pour une liste des différentes « code bases » et ce qu’elles permettent. Chaque CMI en formation les examine afin de comprendre quelles sont les fonctionnalités offertes (facilité d’utilisation, portabilité, facilité d’administration, taille du réseau de support) et voir si elles correspondent à leur besoins locaux.
[16]
§ Debian est une distribution Linux techniquement robuste. Son existence remonte aux année 90, et elle peut se vanter de posséder un réseau de plus de 1.000 développeurs répartis dans le monde entier. Voir
http://www.debian.org {(ndt voir aussi
http://fr.wikipedia.org/wiki/Debian)}
[17]
§ interview du 17 février 2002
[18]
§ interview du 24 avril 2004
2ème Partie
[19]
§ http://web.archive.org/web/20000816130236/seattle.indymedia.org/about.php3
[20]
§ Voir
http://docs.indymedia.org/view/Global/PrinciplesOfUnity. Une des ironies des
Principes d’Unité est qu’elles n’ont pas été ratifiées officiellement au niveau du réseau, puisqu’il n’y a pas de processus de prise de décision qui impactent sur le réseau entier. Néanmoins, les
Principes d’Unité ont été ratifiées de façon informelle à travers le Processus (pour la création de) Nouveaux CMI (New Indymedia Process – NIP), qui sera examiné en plus de détail dans la section suivante. Le NIP requiert l’accord avec ces
Principes d’Unité, et les CMI créés ces derniers 3 années ont donc effectivement ratifié ces principes en adhérant au réseau.
[21]
§ http://docs.indymedia.org/view/Global/FrequentlyAskedQuestionEn. Pour un résumé récent des débats et questions sur ces problèmes, voir
http://archives.lists.indymedia.org/imc-communication/2004-June/003185.html.
[22]
§ D’un autre côté, les CMIs locaux ont accepté des bourses locales et aucune position officielle n’a été prise sur le rôle d’argent provenant de bourses pour la facette globale du CMI, même si toutes les tentatives d’accepter ces types de subventions ont été bloquées. Le rôle des salaires formels, de fonds d’ONG, et la professionnalisation du CMI en général sont quelques-uns de débats les plus polémiques entre les militants des CMI.
[23]
§ Ce débat portait spécifiquement sur l’acceptation ou non de
l’argent de la Fondation Ford et la création d’un Fonds Tactique pour les médias.
http://lists.indymedia.org/pipermail/imc-finance/2003-January/001686.html
[24]
§ Entretien par email, 18 mai 2002.
[25]
§ Comme ce militant le savait, beaucoup de militants américains n’ont pas soutenu cette initiative. Il notait, je pense, que les perceptions culturelles inconscientes influencent en effet les façons dont les militants dans les différentes parties du monde comprennent la nature de la politique, ceci étant une dynamique qui joue sur les nombreux débats qui caractérisent le réseau Indymédia.
[26]
§ Entretien 23 avril 2004.
[27]
§ Même si la Radio Publique Nationale {(NPR)} reçoit une grande partie de son budget de ses auditeurs, elle reçoit aussi un soutien de fondations ainsi que de la publicité, qu’elle décrit comme du mécénat ou du « sponsorship ».
[28]
§ Entretien par email le 10 mai 2004.
[29]
§ http://www.cat.org.au/maffew/cat/openpub.html. Beaucoup de sites CMI ont un lien vers cette page, y compris les Questions et réponses globales.
[30]
§ Pour être claire, Slashdot n’a pas un système éditorial ouvert, alors que la politique éditoriale Kuro5hin ressemble plus à celle d’Indymédia. Mais les sites web des {
hackers} ont des approches et questionnements vis-à-vis de la hiérarchie et de la transparence semblables à ceux des sites de
Publication Libre.
[31]
§ http://www.indybay.org/news/2002/08/139500.php. Pour une autre description détaillée de politique éditoriale, voir
http://nyc.indymedia.org/mod/info/display/editorial_policy/index.php.
[32]
§ Entretien par email 10 mai 2004.
3ème partie
[33]
§ Entretien avril 10, 2004.
[34]
§ http://process.indymedia.org {(NDT : cette page devient obsolete et va être fermée ; la nouvelle page se trouve ici :
http://docs.indymedia.org/view/Global/NewImcHowTo )}
[35]
§ http://docs.indymedia.org/view/Global/NewImcHowTo#NETWORK_ OVERVIEW_THEORY_AND_PRAC
[36]
§ Le consensus se réfère à une méthode de gouvernance permettant la prise de décision à travers un processus de délibération et de discussion jusqu’à ce qu’un groupe arrive à un accord général. Il y a plusieurs moyens et procédures permettant d’arriver à un consensus. Pour une histoire brève de l’utilisation du consensus, voir
http://en.wikipedia.org/wiki/Consensus {(
http://fr.wikipedia.org/wiki/Consensus pour la définition française)}.
[37]
§ Entretien par courriel le 18 mai, 2004.
[38]
§ http://docs.indymedia.org {(NDT : la structure de cette page a changé depuis, le Twiki évolue très vite !)}
[39]
§ David Graeber, "The New Anarchists," à
http://www.newleftreview.net/NLR24704.shtml
[40]
§ Il me semble que King attaque en fait les défauts des doctrines philosophiques et politiques qui animent ces mouvements (la
liberté d'expression dans le cas des
logiciels libres et le consensus dans le cas d’Indymédia), qu’il confond comme étant les mêmes. Critiquer un mouvement social simplement pour sa décision de pratiquer le consensus ou suivre des principes de
liberté d'expression apparaît comme sournois, sauf si on pense s’engager de façon pensée dans un examen de ces principes sous-jacents, leurs forces et limitations, dans le contexte de leur réalisation réelle et dans les nouvelles modalités d’organisation. D’un autre côté, Mitchell 2002 [b5] pose le problème de la démocratie et de l’ouverture de façon plus intelligible et intelligente – comme critique du processus de consensus déployé par Indymédia, et non de certains défauts par lesquels la rhétorique cache des tentatives authentiques d’ouverture.
Notes des traductrices et traducteurs.
En plus des difficultés habituelles de la traduction, surtout pour des « amateurs » comme nous, ce texte comportait les difficultés particulières de l’interprétation politique de certains termes comme {activist}, {grassroot}, {empowerment}, {Open Publishing} qui n’ont pas de traduction directe évidente. Ces notes donnent un aperçu de nos prises de position.
[t1]
§ CMI : Centre de Medias Indépendants. En anglais IMC, Independant Media Center. Le collectif local de base qui anime le site Indymedia et éventuellement les autres médias.
[t2]
§ Nous avons ajouté au texte d’origine de Biella Coleman des liens informatifs, pour l’essentiel vers
Wikipedia
[t3]
§ activiste ou Militant ? Nous avons longuement hésité entre le terme « militant » (traduit en anglais par « activist ») et le mot nouveau « activiste ». Ce mot nous semblait d’importation récente, création probablement des
médias dominants recyclant maladroitement une mauvaise traduction du terme américain à l’occasion de Seattle ou des premier contre sommets altermondialistes.
Voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/activiste : _« Le terme activiste est extrêmement récent. La création de cette terminologie a été jugée nécessaire par certaines associations. Les activistes peuvent être violents, dans ce cas, ils sont souvent classés parmi les terroristes. Ils peuvent être non-violents. Ils ressemblent alors beaucoup aux militants. activiste pourrait être une voie médiane, ne se refusant pas à la violence mais fonctionnant dans une stratégie d'évitement de l'affrontement. L'activiste résiste, il ne terrorise pas.
Comment expliquer l'apparition sur la scène politique de cette nouvelle catégorie ?
Les activistes sont héritiers de nombreuses luttes sociales et politiques, leur engagement pourrait être qualifié d'anarchiste ou de gauchiste mais la plupart d'entre eux estiment n'appartenir à aucune catégorie. Ils prônent le ici et maintenant, ils disent «Résister c'est créer». Ils militent pour l'action. Ils sont situationnistes et ont un rapport ambigu aux médias. Ils se veulent imprévisibles, pragmatiques et intraitables.
L'activisme peut être vue comme une nouvelle forme de résistance voire d'insurrection. En effet, les activistes suivent le précepte : «Penser global, agir local». Aucun principe, aucune unité si ce n'est l'association temporaire autour d'un objectif.
Les activistes veulent vivre autrement et agissent dans cet objectif : Ils luttent contre la publicité; Ils veulent se déplacer gratuitement. Ils revendiquent le droit à fonctionner autrement, aujourd'hui de manière alternative. Ils vivent la politique, ils essayent de refondre la démocratie.
Voir aussi :Anarchisme | Désobéissance civile »_
Voilà qui est une définition qui tranche avec
la définition très « terrorisée » (postérieure au sommet des Amériques ?) qu’en donne radio-canada.
… à moins que ce ne soit une tentative machiavélique de détournement de sens à partir de l’adjectif « activiste »autrefois accolé (seulement ?) aux groupes factieux d’extrême-droite comme je l’ai entendu une fois à Publico ?
Certains s’insurgent qu’on préfère maintenant ce terme au terme « militant » ; ce dernier semble avoir accumulé une connotation négative : JC Dupuis-Deri dans {Black Blocs, La liberté et l’égalité se manifestent} va même jusqu’à proposer le concept d’ {« amilitant »} : ce
« concept d’{amilitant} est proposé ici pour évoquer en simultané l’importance du lien amical et une négation des formes traditionnelles du militantisme (le préfixe privatif « a » pouvant signifier une négation) dont l’action et l’identité étaient déterminés en grande partie par un patriotisme organisationnel. »
Sans aller jusqu’à utiliser {amilitant} (tous les CMI ne fonctionnant pas nécessairement sous forme de groupes d’affinité), nous avons en général préféré utiliser la traduction directe « activiste ».
[t4]
§ de « Wallmart », grosse chaîne d’hypermarchés américains (comparable à Auchan, Carrefour)
[t5]
§ de « mainstream media », les
médias habituels, installés, ayant pignon sur rue (et dominants). Voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Médias
[t6]
§ Free and Open Source Software. Les lien pointe en fait vers l’entrée FLOSS de Wikipedia car on dit “Libre” aussi en anglais : Free/Libre/Open Source Software. Voir, en français,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_libre
[t7]
§ « embedded » ou « dans le même lit que » était le terme utilisé lors de la guerre d’Irak pour désigner les journalistes partageant le quotidien des militaires américains.
[t8]
§ {La tolérance répressive}, traduit et inclus dans Critique de la tolérance pure / Herbert Marcuse, avec Barrington Moore,Jr et Robert Paul Wolff ; traduction de L. Roskopf et L. Weibel. - Paris : John Didier, 1969. - 143 p. ; 21 cm. - (forum)
* La tolérance répressive / H. Marcuse.
* La tolérance et la science /B.Moore,Jr. et,
* Au-delà de la tolérance / R. Paul Wolff.
Qu'est-ce que la tolérance? Quelles sont ses limites? Que doit-on, et que ne doit-on pas tolérer? Autant de questions auxquelles ces trois essais tentent de répondre. Il s'agit de donner une définition nouvelle à ce concept que l'histoire a rendu suspect. La tolérance dont fait preuve la société occidentale est-elle autre chose qu'hypocrisie, manipulation sournoise des esprits, qui nous force à mettre sur le même pied le sublime et l'inacceptable et ne parvient -elle pas à désamorcer, par une intégration logique dans le système qui les tolère, les critiques les plus radicales? La rencontre entre ces trois auteurs, de formation philosophique différente, qui conservent entièrement leur autonomie et reconnaissent leurs divergences, s'avère ici particulièrement stimulante. Voir [b3]
[t9]
§ Grassroots : Un mouvement politique
grassroots, mot inspiré de l’allemand
"Graswurzel", est un mouvement organisé « à la base », par un réseau d’individu(e)s.
L’entrée Grassroots de Wikipedia précise même (mais à mon avis c’est une restriction exagérée du sens): les
activistes grassroots veulent changer les institutions politiques par l’action non-violente. Ils rejettent les structures hiérarchiques et les organisations idéologiques.
[t10]
§ NPR – dans un mail, Biella confirme qu’il s’agit bien de la radio publique aux Etats-Unis ; une radio qui suscite bien des critiques et moqueries chez les
activistes car elle est plus près des sensibilités républicaines et religieuses que « publique ».
[t11]
§ une liste de sensibilités politiques typiquement américaines, et que Biella confirme dans un mail trouver elle-même un peu courte. Chacun resituera dans son contexte local !
[t12]
§ http://docs.indymedia.org/view/Global/NewImc
[t13]
§ Idiome n. masc. LING.
1. Terme générique et neutre désignant le parler d'une région ou d'un pays. On a généralement recours à ce terme afin d'éviter celui de dialecte (trop souvent péj. dans la langue courante) ou celui de langue (qui peut être pris au sens de langue nationale).
2. synonyme d' idiotisme, sous l'Influence de l'anglais.
Réf. :
http://perl.club-internet.fr/cgi-bin/ehmel/ehmel_search.pl?query=Idiome%00
[t14]
§ Publication Libre : traduction adaptée ici de {Open Publishing} :
http://en.wikipedia.org/wiki/Open_publishing
http://fr.wikipedia.org/wiki/Publication_Libre
[t15]
§ Empowerment : tout ce qui contribue à augmenter la force d'un groupe ou d'un individu sur les plans politiques, sociaux ou économiques. Implique souvent le développement de la confiance en ses propres capacités, en ses propres forces.
http://en.wikipedia.org/wiki/Empowerment (en anglais)
souvent traduit ici par "émancipation", associé à l'idée de prise d'initiative.
to top